Voies de l’alliance thérapeutique

Voies de l’alliance thérapeutique : pacte narcissique et temporalité

Ludovic GADEAU, Université Grenoble Alpes – France

Pour citer cet article :

Gadeau, L., (2002). « Voies de l’alliance thérapeutique : pacte narcissique et temporalité ». Le divan familial, 9, 137-150.


Résumé :

Les représentations de l’alliance thérapeutique le plus souvent véhiculées s’inscrivent dans une démarche de type positiviste, qui contient l’idée selon laquelle l’établissement du premier lien nécessaire au travail thérapeutique se construit par addition d’éléments qu’il conviendrait de favoriser : accueil, attention, tact, empathie, écoute, interprétation, etc. L’auteur propose au contraire d’envisager le moteur de l’alliance comme relevant d’une opération négative : soustraction, suspension, restrictions, retrait, refus, etc. La notion de pacte narcissique, pacte liant originairement le patient et son thérapeute, constitue une traduction clinique de cette opération négative. Cette problématique est illustrée à travers deux voies : d’une part un commentaire psychanalytique de la question de l’alliance dans le texte de la Genèse, d’autre part une réflexion clinique sur les incidences de la dimension temporelle sur l’alliance thérapeutique.

Mots-clés :

alliance thérapeutique, pacte narcissique, négatif, temporalité, Bible.

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Le travail de réflexion mené sur les dispositifs proposés dans les consultations thérapeutiques conduit régulièrement à des interrogations sur ce que l’on nomme aujourd’hui l’alliance thérapeutique. Un patient qui a fait une demande de consultation vient à un premier entretien (ou aux premiers entretiens) mais ne donne pas de suite à sa démarche. Que s’est-il passé pour qu’il n’y ait pas le prolongement attendu par le thérapeute à l’issue de cette première rencontre (ou des premières rencontres) ? Il existe très peu d’écrits théorico-cliniques significatifs sur cette forme d’échec thérapeutique, celle qui faisait dire à Freud (1913) la nécessité d’un lien spécifique premier, devant maintenir le patient attaché à son thérapeute et à son traitement. C’est précisément à travers l’éclairage de ce type de lien que le problème clinique et technique a été essentiellement posé. Mais il n’est pas indifférent d’observer qu’il est rarement fait état, lorsqu’il s’agit d’interroger ce concept, de situations cliniques qui soient précisément des échecs, des ratages de prise en charge. C’en est au point qu’on peut se demander si la notion même d’alliance thérapeutique ne trouve pas les conditions de son émergence dans cette difficulté à travailler ce qui est à l’œuvre dans ces prises en charge thérapeutiques qui sont mises en échec dans leur phase inaugurale.  N’y a-t-il pas là une véritable opération d’occultation que l’absence supposée de désir de guérir qu’on impute souvent bien vite au patient vient fréquemment renforcer.

Le terme d’alliance thérapeutique n’apparaît pas de façon explicite chez S. Freud, mais il y est fait d’une certaine façon référence dans deux textes des écrits techniques, La dynamique du transfert (1912) et Le début du traitement (1913). Dans le premier, Freud propose de distinguer différents aspects du transfert, ceux qui doivent faire l’objet d’une analyse et ceux qui constituent le fond de la relation positive du patient à l’analyste. Ce transfert sur la personne de l’analyste « ne joue le rôle d’une résistance que dans la mesure où il est un transfert négatif ou bien un transfert positif composé d’éléments érotisés refoulés ». Freud, en 1913, souligne qu’une des difficultés et un des buts premiers du dispositif analytique est bien « d’attacher l’analysé à son traitement et à la personne du praticien » [1] . Cet attachement, ce lien à constituer ne doit pas faire l’objet d’un travail interprétatif, mais au contraire constituer une sorte de soubassement nécessaire à la poursuite du travail analytique. L’idée est reprise et approfondie en 1920 dans Psychogenèse d’un cas d’homosexualité féminine. Freud propose alors de comprendre cette « alliance de travail » [2]   à partir du clivage du Moi : l’analyste travaille « la main dans la main avec l’une des parties de la personnalité pathologique divisée en deux, contre l’autre partenaire du conflit ».

C’est, semble-t-il, dans cette ligne de pensée que le terme même d’alliance thérapeutique  apparaît au milieu des années 50 chez les tenants de la psychologie du Moi (E. Zetzel, 1956, R. Greenson, 1967). Le terme traduit alors l’idée qu’un lien premier doit se constituer qui ait des qualités telles qu’il permette l’amorce puis la poursuite du processus thérapeutique, s’opposant ainsi aux éléments signifiants qui peuvent faire échec à la rencontre thérapeutique, puis au processus lui-même. Ce lien est fondé sur le désir conscient du patient de coopérer avec l’analyste, et sur une identification partielle à l’analyste analysant les résistances. Chez Ralph Greenson, l’alliance thérapeutique, renommée « alliance de travail » est à opposer, dans un rapport dialectique, à la névrose de transfert. Pour lui, certains aspects de la relation patient-thérapeute doivent être considérés dans leur dimension réelle et devraient pas faire l’objet d’un travail interprétatif.

Dans le travail qu’il consacre à l’alliance thérapeutique avec l’enfant, D. Houzel propose de distinguer précisément « demande » et « alliance thérapeutique » : la demande, qui est demande de soin, serait la plupart du temps une affaire d’adultes (parents, enseignants), l’alliance thérapeutique, elle, doit être conclue avec l’enfant même. D. Houzel définit ainsi l’alliance comme « l’adhésion de l’enfant à une expérience d’un type nouveau, qui inclut des aspects émotionnels, imaginaires et symboliques, et qui permet à l’enfant d’entrevoir un autre mode de fonctionnement psychique que celui qu’il est habitué à reconnaître et de découvrir la possibilité, l’espoir de donner un sens à ses symptômes et à sa souffrance» [3] . Pour lui une telle alliance devrait pouvoir se faire avant le début du traitement et se traduit dans la perspective de D. Meltzer (1967) comme une collaboration avec l’analyste de la partie adulte du self de l’enfant. Pour H. Deserno (1998) le concept d’alliance thérapeutique permet à l’analyste d’éviter la confrontation à des questions douloureuses par influence et contrôle du transfert. Contenir le patient dans l’alliance thérapeutique signifie dès lors que le patient doit s’adapter et se plier à la réalité de l’analyste, le rejoignant dans ses entreprises analysantes. Dans les représentations qu’elle véhicule, l’alliance thérapeutique peut être rapprochée aussi de la notion de transfert de base, développée par C. Parat (1995), qui correspond au lien premier, spontané, « à tonalité positive qui dérive des premiers attachements et s’enrichit de vécus secondaires », lien fait aussi « d’éléments objectifs perçus par le patient dès les premiers contacts » et auquel C. Parat attribue une origine libidinale narcissique, s’apparentant ainsi au choix d’objet narcissique décrit par Freud.

Comme l’a montré J. Sandler (1973), puis rappelé J. Ménéchal (2000), l’usage de la notion d’alliance est venue répondre à l’abrasion théorico-clinique du concept de transfert que le discours sur les pratiques thérapeutiques avait tendance à réduire et à ramener à la simple dimension de la relation. En cela, les représentations et les définitions de l’alliance thérapeutique qui sont en général proposées s’inscrivent le plus souvent dans une démarche positiviste, nourrie elle-même, semble-t-il, de l’idée que l’établissement de ce lien nécessaire au travail thérapeutique se construit par ajouts d’éléments qu’il conviendrait de favoriser. On pourrait presque même, dans une telle perspective, afficher une définition de l’alliance thérapeutique sous forme de recommandations ou d’orientations techniques, comme : instaurer un climat de confiance, « amadouer le patient, l’induire à accepter l’analyse en utilisant comme base un transfert positif » [4] , favoriser le sentiment d’être compris « ce qui donne au patient l’espoir qu’il existe bien une personne capable de le comprendre » [5] , permettre au patient de faire l’expérience de ce qu’un aspect destructeur de lui-même peut être contenu, analyser l’angoisse paranoïde ce qui offre à l’enfant « l’expérience d’un objet qui donne la sécurité », [6] etc.

Il est à souligner que les points de vue sur l’alliance thérapeute décrivent des perspectives à bien des égards diamétralement opposées [7]  :

  1. d’un côté, les partisans d’une perspective selon laquelle l’alliance devrait précéder le travail thérapeutique lui-même (et donc tout travail d’interprétation, et particulièrement d’interprétation du transfert) et constituer les conditions de base de son exercice. Mais c’est toujours au prix d’une définition haute de l’alliance. Tout semble se passer comme si le patient, en quelques rencontres préliminaires, pouvait/devait faire une expérience originale, peut-être même cruciale, qui le confronte à une autre façon d’appréhender ses symptômes, sa souffrance, à quelque chose qui vienne faire sens pour lui et l’animer d’un désir renouvelé de comprendre. On aurait là à faire à une sorte de réduction, ou plutôt de condensation avant-coup de ce à quoi le processus thérapeutique doit conduire.
  2. D’un autre côté, les partisans d’une perspective selon laquelle il n’y a d’alliance thérapeutique possible que dans le processus thérapeutique lui-même. Pour H. Segal par exemple, l’alliance thérapeutique se forge, en analyse d’enfants comme d’adultes, par le processus analytique lui-même. Cette approche indépendamment de sa cohérence interne, relève d’une définition de l’alliance que l’on peut qualifier à l’opposé de basse en ce sens qu’elle évite de facto d’interroger ce qui doit ou peut lier le patient au thérapeute (ou au processus) dans les premières rencontres. C’est bien en forgeant qu’on devient forgeron, mais qu’en est-il de ceux pour qui se joue quelque chose d’essentiel – et qui conditionnera durablement sans doute la suite -, au moment du passage de la lumière du jour à celle de la forge.

Il importe de montrer ici que l’alliance thérapeutique ne peut se définir seulement par des critères positifs où le lien d’alliance à établir entre le patient et le thérapeute (ou le processus) résiderait dans quelque chose qu’il conviendrait d’ajouter, dans du en plus en somme. L’alliance trouve son fondement tout autant et peut-être même en premier lieu sur une opération de retrait, de soustraction, sur du en moins.

Pour avancer dans la compréhension de ce que recouvre ce lien premier à créer avec le patient, on peut avec avantage faire un retour aux origines, et interroger comment cette question de l’alliance est présentée et travaillée dans le texte biblique.

L’alliance comme coupure et pacte narcissique

Dans la Genèse, la première référence à une alliance entre Dieu et l’homme se déroule sur le fond incestueux et fratricide de la première création. En ces temps premiers, Dieu fait, peut-on dire, son propre apprentissage face à sa création. Sa création le déçoit et même le désespère, le met en rage, aussi va-t-il tenter de réparer ce qu’elle est en train d’engendrer. Il s’agit d’éradiquer le mal, d’effacer les premiers ratages, de corriger l’Homme. Mais il s’agit aussi d’une entreprise de sauvegarde narcissique qui concerne Dieu lui-même autant que sa création, faite à son image. Le Déluge peut ainsi être assimilé à une forme de réédition réparatrice de la création. Mais l’affaire est bancale : l’entreprise correctrice ne se réalise pas ex nihilo, mais au contraire à partir d’une conservation, le maintien d’un exemplaire de chaque espèce.

Cette conservation-suppression, cet Aufhebung va précisément déboucher sur l’issue à valeur de dépassement qu’est l’alliance, que l’on peut considérer comme l’expression actée d’un désir de guérir.

L’alliance est d’abord le produit d’une entreprise d’équilibration. Il s’agit pour Dieu, ravalant sa déception, comme pour l’Adam, d’avoir à se prémunir contre la tentation, contre l’excès, contre le débordement pulsionnel animal, contre la rage meurtrière, par la création d’un pacte narcissique (R. Kaës, 1993). Il s’agit d’une opération qui comporte à la fois un don et une restriction, laquelle aura valeur de Loi première. Dieu, comme sidéré par le débordement de rage qui l’a porté à ensevelir la terre sous les eaux, fait don de son pouvoir sur la création à l’Homme lui-même. Plus précisément, il se défait de l’objet-source du débordement  pulsionnel [8]  : « Tout est entre vos mains / La moindre petite bête vivante / comme le vert végétal / vous appartient pour vous nourrir / Je vous donne tout » [9] . Mais il assortit ce don d’un double interdit : Attention / tu ne mangeras pas la chair vive et en sang / Attention / je réclamerai ta vie à qui aura versé ton sang / je la réclamerai aux bêtes / je réclamerai la vie de l’adam à l’adam / et à chacun le sang de son frère / Qui verse le sang de l’adam / l’adam son sang versera » [10] .

L’alliance ne se présente pas comme un contrat engageant à parts plus ou moins égales les deux parties, et réglant les différends éventuels, mais comme une opération imposée, nécessaire, et qui d’une certaine façon introduit une déliaison là où on aurait pu attendre un resserrement des liens, un surcroît de lien. L’alliance apparaît ainsi, paradoxalement, comme une obligation faite à soi-même. Lorsque Dieu énonce son alliance, s’il s’adresse à Noé et à ses fils, c’est bien pour énoncer en fait quelque chose qui n’engage que lui, quelque chose qu’il s’interdit à lui-même : « Je soutiendrai mon alliance avec vous / aucune chair ne sera plus exterminée par les trombes d’eau du déluge ». L’arc, symbole guerrier mais aussi signe de la fin des pluies, vient faire rappel pour Dieu de ce renoncement fondamental qui l’attache à l’Homme dans le même temps qu’il l’installe à plus juste distance. Le verset 9-16 est à ce titre tout à fait démonstratif : « L’arc sera dans la nuée, et en le voyant, je me souviendrai de l’alliance perpétuelle entre Dieu et tout être vivant de toute chair qui est sur la terre » [11] . Il n’est pas écrit « je me souviendrai de l’alliance perpétuelle entre moi et tout être vivant ». La formule, en dissociant ainsi le sujet de l’énoncé et le sujet de l’énonciation, marque la nature du message et sa portée. Dieu se dessaisit d’un pouvoir absolu sur l’homme et l’alliance en est, sous la forme de l’arc, l’estampille. La première alliance apparaît bien, paradoxalement, comme une opération de séparation. Il s’agit de décoller Dieu d’une trop grande proximité avec sa création, il s’agit par ce retrait et dans le même mouvement de donner à l’homme son statut de sujet, essentiellement libre et responsable.

On peut aussi observer que la double loi de prohibition du sang, si elle est imposée à l’homme comme restriction à son pouvoir sur la nature, n’apparaît pas comme un terme inclus dans l’alliance. L’ensemble constitue une véritable entreprise de sauvegarde narcissique mutuelle contre le caractère le plus sauvage de la pulsion. Le terme de Pacte [12] est ici particulièrement heureux puisqu’il fait entendre toute l’entreprise de pacification que Dieu conduit par rapport à sa création, la juste distance qui doit s’instaurer entre eux.

Cette dimension de sauvegarde apparaît très nettement dans les dispositifs thérapeutiques sous la forme des règles ou dispositions qui en constituent le cadre (abstinence, attention bienveillante, confidentialité, neutralité, règles de restitution, dispositions matérielles définissant le cadre temporel et spatial des séances, paiement, etc.) et qui peuvent être explicitées au patient et/ou faire l’objet d’un échange en vue d’un accord. Mais il existe une dimension de l’alliance qui est difficilement mise en relief et qui ne se traduit pas par des éléments concrets, visibles, matérialisables. C’est cette dimension qui se constitue sur fond de séparation, de décollage, de distance à construire pour viabiliser la rencontre.

Ce premier attachement de l’analysant à son traitement dont S. Freud déjà soulignait l’importance, commence peut-être du côté du thérapeute par un travail de déliaison, plus précisément de dépossession [13] , où il s’agit de se défaire un peu de ce que la rencontre a produit comme assignations de places, comme forme embryonnaire de contrat narcissique. Ce « un peu » vient souligner à la fois que tout est affaire de dosage que seule la singularité des situations commande, mais aussi qu’il y a une part de « duperie » ou de simulacre peut-être et sans doute provisoirement consentie et nécessaire.

Lorsqu’on avance dans le texte de la Genèse, on retrouve cette forme d’alliance travaillant le désir de guérir, alimentant les dimensions narcissique et identitaire. C’est ainsi que Dieu offre à Abram, dont le couple est stérile, la puissance d’engendrement et une terre où se poser [14] . Mais ces dons sont là encore assortis de restrictions, comme pour laisser au désir sa part nécessaire et vitale d’insatisfaction : « Sache-le bien : ta postérité sera étrangère dans un pays qui ne sera pas à elle ; on les asservira et on les accablera durant quatre cents ans » [15] . Ces restrictions, ces conditions offertes à l’exercice du désir, on les voit s’imposer de la façon la plus claire dans le changement de nom et dans la circoncision. Il y a bien dans l’alliance une double dimension : un pacte et un signe qui vient faire rappel du pacte contracté, le symboliser en empêchant précisément qu’il se transforme en pacte dénégatif. La position offerte à Abraham (devenir Père d’une multitude [16] ) s’inscrit dans le creux d’une perte toujours possible, se fait sur fond de retranchement et dont le signe s’écrit à même la chair. Mais il y a plus : la construction du texte fait de la circoncision le signe imposé à l’Homme du rappel de l’alliance avec Dieu, comme l’arc a été celui que Dieu s’imposait à lui-même comme signe de son renoncement.

La fausse alliance

Lors d’un travail de supervision, un psychologue fait état du cas suivant. Il y a deux ans de cela, Frédéric a suivi une psychothérapie durant 6 mois environ, avant qu’elle ne soit interrompue brutalement par sa mère. La mère de Frédéric reprend rendez-vous aujourd’hui pour son fils, mais elle ne se présente pas à la consultation. C’est le père qui accompagne l’enfant. Monsieur R. se présente comme un homme affable, posé, instaurant d’emblée une relation confiante et tranquille. Il explique que sa femme a des difficultés de relation et d’autorité avec Frédéric. Il n’écoute pas beaucoup et elle s’emporte très vite et alterne entre crise de rage et abattement dépressif. Il dit lui-même essayer  de faire le tampon entre mère et fils et de compenser ce qu’elle ne parvient pas à lui donner. De l’avis du psychologue la thérapie entreprise il y deux ans a été interrompue vraisemblablement en raison d’un « conflit de loyauté » dans lequel l’enfant a été pris et d’un fantasme de rapt ou d’arrachement extrêmement vif développé par la mère. Lors de cette nouvelle consultation, monsieur R. semble prendre grand intérêt à l’entretien et se montre attentif au fonctionnement de son enfant dans la consultation, affichant même par moments une sorte de complicité. Il déploie beaucoup d’efforts pour donner l’image d’un très bon père. S’adressant  à son enfant, il utilise fréquemment des formules du type : mon fils, ou fiston et affiche son souci de venir en aide à son enfant. Le psychologue comprend le fonctionnement familial comme fait d’une sorte d’oscillation dans l’investissement parental dont Frédéric (et peut-être les autres enfants) ferait l’objet : ou bien la mère s’occupe de l’enfant et le père est en retrait, effacé, ou bien c’est le père qui prend les affaires en mains et la mère est comme mise sur la touche, désavouée même. Frédéric serait ainsi pris dans un fonctionnement familial particulier dans lequel les liens avec un des parents entraîneraient l’exclusion de l’autre. L’établissement des relations impliquerait toujours une crainte, soit de ressentir le rejet, soit d’exclure l’autre. Le psychologue propose alors une approche familiale des difficultés dont il est fait état dans l’entretien. Monsieur R., jusqu’alors très coopérant, séducteur même, sans manifester verbalement son désaccord ou sa déception, révèle par son comportement l’existence (ou la tentative de mise en œuvre) de ce que le psychologue appellera une fausse-alliance : insensiblement, Monsieur R. marque son empressement à mettre un terme à l’entretien, demande à Frédéric de ranger les jouets qu’il a sortis de leur caisse, laissant à peine au psychologue le temps d’exploiter le matériel ludique [17] . Monsieur R. met un terme temporaire à la démarche thérapeutique par une série d’énoncés à valeur d’annulation des difficultés familiales: « en ce moment, ça va un peu mieux … Ma femme est moins dépressive …. C’est bientôt les vacances… ».

Ce terme de « fausse alliance » n’est pas sans intérêt. En creux, il dessine quelques facettes de la représentation de l’alliance thérapeutique. Tout d’abord, la « fausse alliance » offre la représentation d’une sorte de brouillage, d’altération, de leurre possible introduit dans la rencontre (ici par le patient, leurre qui se révèlerait lorsque l’offre thérapeutique aura été faite). Ce leurre vient contrarier l’évidence, l’attendu. Et cet attendu met en affiche probablement deux a priori : d’une part le sentiment que l’alliance comme matière ou comme mouvement pourrait être un donné anhistorique, immédiat, présent et actif d’emblée ; d’autre part l’idée que l’alliance se repère ou se matérialise par des indices ou des signes qui s’inscrivent dans la ligne sémantique d’éléments à valeur positive : accord, participation, attention, intérêt, acquiescement, reconnaissance, etc.. On se situe là dans une conception au fond très proche du statut que Elizabeth Zetzel (1956) avait donné à l’alliance avec le patient, qu’elle rapprochait de l’intuition maternelle se matérialisant dans les soins au bébé.

Des comportements, des conduites, des réactions ou des mécanismes psychiques d’une autre ligne sémantique comme le retrait, le refus, la contestation, la méfiance, l’hésitation, l’attentisme, etc., signeraient-ils alors l’absence d’alliance thérapeutique ? Si ce qu’on prend ordinairement comme indices de l’alliance s’avère en fait non fiable pour confirmer la présence d’une alliance suffisante, cela signifie-t-il pas qu’ils soient des leurres, se pourrait-il qu’ils ne soient tout simplement pas des indices pertinents pour en rendre compte ?

Autrement dit, peut-on sortir d’une représentation a priori de l’alliance comme pacte plus ou moins implicite et qui se nourrit d’une sorte de dons mutuels, comme S. Freud l’avait formalisé dans l’Abrégé de psychanalyse [18] .

Je propose précisément d’interroger en quoi une opération qui ne serait pas du côté du don/contre-don, qui se situerait donc du côté de la soustraction, serait également propre à favoriser les conditions de l’alliance comme pacte narcissique viable. Je prendrai, pour ce faire, comme angle d’approche ce qui a trait à la mise en jeu de la temporalité psychique dans les consultations thérapeutiques.

La demande et la temporalité : dilatation et rétractation du temps, un cas d’échec thérapeutique.

L’été est déjà bien avancé, mon cabinet fermé, mais je suis encore affairé à mon bureau pour terminer un travail. Je pars en villégiature dans les jours qui suivent. Le téléphone sonne, une femme à la voix douce et triste se présente : madame Viviane B.. Elle a besoin de  voir quelqu’un parce qu’elle vient de vivre un drame épouvantable. Elle a perdu un de ses fils et elle s’inquiète pour son petit-fils. Je lui donne rendez-vous pour le lendemain. A l’annonce de l’heure proposée, elle acquiesce étrangement, sur un ton totalement discordant avec l’insistance de la demande « bon, heu…oui, normalement je n’ai rien à cette heure-là !».

Le jour venu, c’est un vendredi, elle se présente avec un peu de retard. Viviane est une femme d’une cinquantaine d’année, élégante et discrète dans sa présentation, au maintien très droit et pourtant donnant le sentiment de porter toute la misère du monde sur ses épaules. Elle s’installe, et, avant que j’aie eu à poser la moindre question, les larmes aux yeux, elle commence à dérouler son histoire. Son troisième fils s’est donné la mort il y a précisément douze jours dans des conditions qu’elle laisse entendre horribles. Viviane se fait le reproche de n’avoir rien vu, rien anticipé, rien deviné de la souffrance de son fils. Elle déplie son histoire avec un luxe de détails factuels qui l’éloignent par moments considérablement de son propos sans que, pourtant, elle paraisse perdre le fil de sa pensée. Cela fait près d’une heure que je l’écoute avec attention et je sens dans le mouvement même de prise de conscience du temps que rien ne semble pouvoir contenir ce flot ininterrompu de paroles. Tous les événements rapportés, aussi minimes soient-ils, sont enrobés de la même gravité. Tout a son importance, il ne faut rien oublier. Mes tentatives pour recentrer les choses sur le suicide, les pensées qui l’accompagnent, le motif de la demande, ou encore pour mettre du relief dans cette trame plate, rigoureuse, précise, semblent vaines. Ma patiente est comme poussée par un souci d’exhaustivité et ne répond à mes interventions que pour les contrôler. Je finis par signaler que nous arrivons au terme de ce premier entretien et lui propose alors de la revoir lundi. Là encore, Viviane acquiesce sur un ton qui détonne par rapport au reste de l’entretien et par une formule qui rappelle celle entendue au téléphone la veille : « Oui, si…heu…, normalement je n’ai rien je crois ce lundi». L’entretien a duré plus d’une heure trente.

Le lundi, Viviane était absente et ne donnait pas de ses nouvelles. Le lendemain, je partais en vacances.

Comment comprendre ce qui, à l’évidence, a fait ratage dans cette rencontre, a fait défaut quant à l’installation d’une alliance thérapeutique ? On doit bien sûr prendre en compte l’ensemble des aspects contre-transférentiels à l’œuvre : l’impact de la rigidité du discours, son organisation obsessionnelle, l’agressivité inconsciente qu’elle mobilise en moi, l’identification à la part souffrante de la patiente érodée par un souffle mortifère qui envahit progressivement l’espace, la faiblesse des ouvertures dans la dynamique de l’entretien. Je pourrais également interroger la qualité de ma présence psychique à l’autre, puisqu’aussi bien et à proprement parler je suis en vacance(s). Tous ces éléments, pour justes et pertinents qu’ils puissent être se posent comme la mise en défaut de la face positive de l’alliance thérapeutique. En cela, ils me semblent masquer l’essentiel qui se tient dans ce qu’il importe de retrancher, de retenir pour qu’une première attache au travail thérapeutique puisse se nouer.

Dans la rencontre avec Viviane, une temporalité mal ficelée joue sur deux plans simultanément : le temps comme succession et le temps comme durée.

Ce qui inaugure toute rencontre, c’est un temps commun réglé par un ordre, une métrique, le calendrier et l’horloge comme mesure du moment. La rencontre avec Viviane porte en elle un ratage que l’on peut identifier comme transgression. Transgression en quoi ? Transgression en ceci que je contracte un rendez-vous professionnel à un moment qui fait précisément problème, dans une période vaquée. J’ai décrit ailleurs (L. Gadeau, 1996, 1997, 1998, 2001) en quoi la temporalité psychique avait partie liée avec la Loi. Il existe une liaison très spécifique et très forte entre la dimension temporelle et le Surmoi, que je propose de traduire par une formule : ce qui ordonne le Temps produit la marque de la Loi.

Il se loge dans la diversité des formes du non-respect du calendrier, dans les négations du temps quant à son ordre, que ce soit dans le fait de recevoir un patient durant ses congés comme c’est ici le cas, ou durant un jour férié, ou encore dans les déplacements de consultations que la multiplicité de nos activités parait quelquefois légitimer, un type d’agir qui se situe aux frontières de la perversion. Je m’explique par un exemple [19] .

Un voyageur raconte l’anecdote suivante : il est dans un pays asiatique prêt à partir pour les USA et veut poster une lettre. Parvenu à une poste, il lit la chose suivante : « le dimanche, pas de départ de courrier». Qu’à cela ne tienne, il la postera des États-Unis où il sera le lendemain. Après une nuit d’avion, le voilà à destination. Il veut expédier sa lettre mais découvre l’inscription suivante : « Dimanche, pas de courrier ». Il s’interroge alors sur la présence bien incongrue de ces deux dimanches, et il explique : « Je savais bien qu’il y avait un décalage horaire. Mais ces deux dimanches, à la suite l’un de l’autre, cette journée perdue, m’a posé problème ». Ce qui surprend dans le commentaire de ce voyageur, c’est précisément la formule « cette journée perdue ». Quand deux dimanches se succèdent, quand le temps se dilate, ça ne peut pas faire que quelque chose soit perdu, en tout cas pas d’un point de vue quantitatif. Notre orateur continue son récit : il reviendra une seconde fois en Asie, voyage au cours duquel, peu avant son départ pour la France, on le presse de signer une pétition. Et on le presse à ce point qu’il finit par céder et signe, dit-il, à son corps défendant. Il prend l’avion, dort pendant le voyage et arrive le lendemain en France. Mais ce lendemain tombe une nouvelle fois le même jour que celui de son départ. Autrement dit, il a vécu deux fois le même jour : le temps s’est contracté. Il poursuit son récit ainsi : «  Je me suis dit : puisque ce jour n’existe pas, donc hier n’existait pas, donc je ne suis pas tenu par ma signature, puisque je n’étais pas là hier, qui n’existait pas ; donc je tiens cette signature pour nulle et non advenue ». On retrouve ici le même schéma que précédemment : du « en plus » ça fait du « en moins ». Ce calcul peu arithmétique peut être compris ainsi : le défaut de succession est vécu comme un défaut de durée. Puisque la succession des jours n’existe plus, leur durée n’existe plus non plus. En perdant sa dimension de succession (chronologie), le temps perd du même coup sa dimension symbolique  et ses coordonnées réelles, il devient temps imaginaire. C’est bien ce que traduira notre voyageur lorsqu’il achèvera son histoire. Cette pétition qu’il a signée contre son gré était dirigée contre un confrère à qui il s’en est finalement confié : « Je suis allé lui dire que dans une journée qui n’existait pas dans ma vie, j’avais été forcé de signer quelque chose contre lui, avec lequel je n’étais pas d’accord. Nous avons donc « compté pour du beurre », ce qui s’était passé au cours de cette journée qui n’existait pas ». « Compter pour du beurre », c’est précisément la formule utilisée par les enfants pour annuler une séquence temporelle et rappeler à chacun que ce que l’on fait, ce que l’on joue, ne relève pas du temps du réel  mais bel et bien du temps de l’imaginaire. Quand la dimension temporelle de la succession saute, disparaît, du même coup un des organisateurs de la fonction paternelle [20] se dilue. On voit alors l’activité du moi se dérégler jusqu’à produire un acte qui se situe à la frontière du déni : désavouer sa propre signature.

Dans le champs transféro-contretransférentiel, c’est bien cette mise en tension, ces achoppements dans l’engendrement de la succession, cet effacement de la succession travail/repos qui se traduit par un véritable ratage du moment de la rencontre avec Viviane. Qu’est-ce qui porte à accepter une rencontre plutôt qu’à y renoncer ou à la différer, qu’est-ce que cela engage du désir de guérir ? Ou encore, qu’est-ce qui, dans le ton ou les formules employés au moment d’un échange téléphonique, peut se dire qui vienne verrouiller toute possibilité pour l’autre d’avoir à dire son mot sur, par exemple, la date et l’heure proposés, à faire valoir une temporalité qui ne soit pas celle de l’interlocuteur ? Dans l’exemple décrit, cette contention inconsciente imposée [21] retourne le temps-contenant en temps-passoire. Le temps alors se dilate, s’offre sans limites véritables, ni pour moi (qui suis normalement en vacances, sans contraintes de temps organisationnel fortes), ni pour Viviane, qui dévide une histoire aux arborescences infinies. Le discours se fait hémorragique et le temps de la rencontre ne permet pas, même partiellement, d’en contenir l’épanchement.

Cette problématique du temps-passoire se retrouve assez régulièrement présente dans les institutions publiques de soins, activée par l’entremise des rendez-vous manqués, des changements d’heures ou de dates, des « négociations » qui les accompagnent, des retards, etc., qu’ils viennent des patients ou des soignants. Dans les premiers pas d’une prise en charge, un agrément trop rapidement ou facilement consenti à propos d’une modification du cadre temporel (déplacement d’un rendez-vous, durée de la consultation, etc.) joue de façon souvent déterminante sur la qualité du lien thérapeutique et son destin. Au-delà des attaques du cadre temporel, facilement repérables, il y a tout ce qui relève de la synchronie et de la dyssynchonie des temps psychiques du patient et du thérapeute (comme aussi bien des secrétaires dont le rôle dans les institutions soignantes est souvent par leur mission d’accueil déterminant) que le cadre temporel participe à médiatiser. Le transfert de base décrit par C. Parat en donne une formalisation. ……

Pour conclure

Trop souvent, les échecs thérapeutiques de tout début de traitement, qu’on ne peut mettre au compte de réactions thérapeutiques négatives, sont imputés à ce qu’on peut commodément appeler « désir de guérir ». Mais considérer ce désir comme tout d’abord en extériorité par rapport à l’espace thérapeutique, c’est peut-être en fragmenter la problématique puisque ce désir est aussi bien l’affaire de celui qui est en position thérapeutique. Il y a dans le désir de guérir une part commune entre patient et thérapeute et cette part commune alimente le pacte narcissique. J. Guillaumin (1998), lorsqu’il met en travail la question de la fin de la cure et l’analysabilité de certains patients, dessine les contours et la dynamique de ce qu’il nomme le nœud originaire de l’analyse. Il s’agit de ce que contient dans les aspects formels du discours, comme dans la circulation des affects ou l’expression de la souffrance, ce moment premier de la rencontre qui fait apparaître dans le transfert et le contre-transfert, l’originaire du patient comme paradoxalement déjà lié à celui du thérapeute. « Tout se passe, nous dit-il, comme si la requête première de guérir avait été gestionnaire d’un nécessaire pacte narcissique, sans quoi rien ne serait advenu : pacte portant sur l’identité, et qui a été mis en place sous d’illusoires apparences lors de l’accord initial, produit socialement censé désexualisé de la séduction réciproque analyste-analysé. Du sens de ce pacte, qu’il est vain et même nocif de prétendre mettre totalement en pensée par mesure d’asepsie dès l’engagement de la cure, dépendra toujours à quelque degré le destin de l’analyse ». Pour J. Guillaumin, le destin de la cure, sa durée, son terme ont partie liée avec ce pacte narcissique. Je pense que l’entrée même dans le travail thérapeutique en dépend, au sens où ce pacte narcissique participe de ce qui attache le patient à son traitement ou à son thérapeute. Pour que le pacte narcissique inconscient vaille alliance thérapeutique, il est nécessaire que du côté du thérapeute une part de ce pacte soit éclairée, mise en détachement, soustraite de la collusion imaginaire patient-thérapeute. Autrement dit, l’alliance thérapeutique se définit par une position de refus de l’accord inconscient possible à valeur de pacte dénégatif sur quoi le lien  entre patient et thérapeute pourrait se fonder ou s’entretenir. La temporalité psychique, médiatisée par le cadre temporel,  En ce sens, l’alliance thérapeutique comporte à la fois un don et un retrait.

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Notes

  • [1]↑– Freud S. (1913). « Le début du traitement », La technique psychanalytique, Paris, P.U.F., 1989, p. 99.
  • [2]↑– R. Greeson, 1967.
  • [3]↑– Houzel D. (2000). « L’alliance thérapeutique » In C. Geissmann et D. Houzel L’enfant, ses parents et le psychanalyste, Bayard Editions, p. 154.
  • [4]↑– H. Segal, traduisant ce que désigne à ses yeux outre-atlantique l’usage technique de l’alliance thérapeutique. ). H. Segal, P. Daniel (2000). “De la théorie à la pratique”, In C. Geissmann et D. Houzel L’enfant, ses parents et le psychanalyste, Bayard Editions, p. 135.
  • [5]↑– I. Wittenberg, citée par D. Houzel, op. cit.
  • [6]↑– H. Segal, P. Daniel (2000)., op.cit., p. 136.
  • [7]↑– Et qui recouvrent peut-être les oppositions marquées entre A. Freud et M. Klein.
  • [8]↑– L’alliance édictée par Dieu se fait protection contre ses propres erreurs reconnues « Yahvé dit en son cœur : jamais plus je ne maudirai le sol à cause de l’homme, car ce que forme le cœur de l’homme est mauvais dès sa jeunesse, et jamais plus je ne frapperai tous les vivants comme je l’ai fait. », Genèse, 8.21.
  • [9]↑– Genèse, 9-2 à 9-3, traduction F. Boyer et J. L’Hour., Bayard, 2001.
  • [10]↑– op. cit. 9-4 à 9-6.
  • [11]↑– Trad. E. Osty et J. Trinquet. On retrouve la même forme dans toutes les autres traductions consultées : « Et c’est l’arc dans la nuée : je le vois pour mémoration du pacte de pérennité, entre Elohîm et tout être vivant, en toute chair qui est sur la terre » (trad. A. Chouraqui), « L’arc sera dans la nuée et je le regarderai pour me souvenir de l’alliance perpétuelle entre Dieu et tout être vivant, toute chair qui est sur la terre » (trad. Œcuménique), «Je verrai l’arc dans un nuage / pour mémoire de l’alliance de toujours / qui passe entre Dieu et toute chair vivante sur la terre » ( trad. F. Boyer et J. L’Hour).
  • [12]↑– Traduction proposée par A. Chouraqui, au lieu d’alliance.
  • [13]↑– Et qui met en travail les questions mises en tension par ce qui en soi est mobilisé lorsque l’autre, qui précisément souffre, s’en remet au thérapeute.
  • [14]↑– « Voici que mon alliance est avec toi et tu deviendras père d’une multitude de nations. Et on ne t’appellera plus du nom d’Abram ; ton nom sera Abraham, car je te fais père d’une multitude de nations. Je te ferai fructifier à l’extrême ; je ferai de toi des nations, et des rois sortiront de toi. J’établirai mon alliance entre moi et toi, et ta postérité après toi dans ses générations, une alliance perpétuelle, pour être ton Dieu et celui de ta postérité après toi. Je te donnerai à toi et à ta postérité après toi le pays de tes pérégrinations, tout le pays de Canaan, en propriété perpétuelle, et je serai leur Dieu ». trad.  trad. E. Osty et J. Trinquet.
  • [15]↑– Genèse 15.13, trad. E. Osty et J. Trinquet/
  • [16]↑– D’Abram à Abraham, on mesure un progrès essentiel qui marque le passage d’une identité référée au père (Abram, celui qui est grand quant à son père) à une identification au père (Abraham, père d’une multitude). Cf. Gadeau, L. (2001). « Figures de l’affectation du Père à l’adolescence : bannir, sacrifier, honnir, hériter »,  Adolescence, 19, 1, 281-293.
  • [17]↑– Frédéric avait construit un scénario qu’il traduit de la façon suivante : « C’est une dame qui a des menottes et un homme vient la délivrer et ils s’embrassent ».
  • [18]↑– « Le médecin analyste et le moi affaibli du malade doivent, en s’appuyant sur le monde réel, faire ligue contre les ennemis : les exigences pulsionnelles du ça et les exigences morales du surmoi. Un pacte est conclu. Le moi malade du patient nous permet une franchise totale, c’est-à-dire la libre disposition de ce que toute son auto-perception lui livre. De notre côté, nous lui assurons la plus stricte discrétion et mettons à son service notre expérience dans l’interprétation du matériel soumis à l’influence de l’inconscient. Notre savoir compense son ignorance et permet au moi de récupérer et de gouverner les domaines perdus de son psychisme. C’est ce pacte qui constitue toute la situation analytique ». FREUD S. (1938). Abrégé de psychanalyse, Paris P.U.F., 1978, p. 40.
  • [19]↑– Exemple que j’ai déjà présenté dans une autre publication : Gadeau. L. (1996). « Temps psychique et acte éducatif : temps, Surmoi et désir », In Zazzo R., Tiberghien G., Lieury A. et al., Mémoire et devenir ; regards croisés sur la psychologie de l’éducation,  Les Pluriels de Psyché Editions, pp. 35-47.
  • [20]↑Cf. Gadeau, L. (1998). « Le temps dans la problématique obsessionnelle : le père en question », L’Evolution psychiatrique, 63, 3, 507-514.
  • [21]↑– Doublement imposée au sens où la patiente m’impose par son appel et qu’autant je m’impose.
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