Trouble fonctionnel de l’apprentissage

À propos d’un trouble fonctionnel de l’apprentissage : trouble du penser, analité primaire et temps psychique.

Ludovic GADEAU, Université Grenoble Alpes – France

Pour citer cet article :

Gadeau, L. (2001).  « A propos d’un trouble fonctionnel de l’apprentissage : trouble du penser, analité primaire et temps psychique ». Cahiers de psychologie Clinique, n°17, 169-185.


Résumé :

L’article interroge une forme de trouble fonctionnel du penser qui ne rentre pas dans la catégorie des inhibitions et que l’on rencontre fréquemment chez les enfants et adolescents en échec scolaire sévère. Ce trouble apparaît lorsque l’activité de pensée ne se soutient que d’elle-même (les sensations, les perceptions et la mise en action étant mises concomitamment en réserve) et se traduit par une angoisse spécifique (peur de se perdre, de perdre le contrôle de soi et de l’environnement), puis par un évitement de la situation d’apprentissage. Ce trouble fonctionnel du penser est compris ici comme s’inscrivant dans la problématique de la collusion psychosomatique et de l’analité primaire et éclairé par la notion de temps psychique. L’auteur propose une lecture du mythe d’Héraclès, considéré ici comme paradigmatique de cette forme de rapport psyché-soma, où se révèle toute l’importance de la temporalité psychique.

Mots-clé :

Temps, trauma, analité primaire, apprentissage, psychosomatique, Héraclès.

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Les troubles de l’apprentissage peuvent relever de facteurs et de registres forts différents. Schématiquement, on peut différencier les difficultés qui relèvent essentiellement du niveau potentiel de l’efficience intellectuelle, celles qui impliquent le niveau d’organisation logique de la pensée, celles qui sont de type instrumental (sensoriel, moteur, langagier), enfin celles qui répondent à des troubles fonctionnels et qui traduisent une activité particulière du Moi. Le plus souvent, on appréhende, on rend compte et on comprend les troubles fonctionnels en terme d’inhibition. Cette approche s’avère insatisfaisante, sinon insuffisante pour rendre intelligibles certaines situations cliniques. Il existe en effet des troubles fonctionnels de l’activité du Moi qui ne rentrent à l’évidence pas dans la catégorie des inhibitions.

Un exemple clinique

On ne manque pas d’être frappé par ces enfants ou ces adolescents qui, dans les temps d’exercice de la pensée logique (dans le cadre des activités scolaires ou remédiatives par exemple), court-circuitent le processus du penser en cours si la solution ne vient pas après un  bref délai. Le temps durant lequel la pensée est en travail, comme suspendue, à la recherche d’une liaison signifiante, parait être un déterminant essentiel de cette interruption de l’acte de penser et un indicateur important de la capacité qu’a l’appareil psychique de gérer ces instants où toute liaison représentative est à advenir.

Nous portons attention ici aux déterminations qui font qu’un sujet pourra ou non prendre en charge ces temps de latence où la pensée, en quête de liaison représentative, est, pourrait-on dire, suspendue à elle-même.

Un adolescent de 15 ans a à résoudre un problème mettant en jeu la quantification de l’inclusion. On lui soumet le problème suivant : parmi un ensemble d’objets de formes différentes (des ronds, des carrés, des triangles) et de couleurs différentes (rouge, jaune, bleu), on veut constituer un sous-ensemble comprenant 4 objets dont 2 ronds et 3 rouges. Il doit réaliser ce sous-ensemble à l’aide de figures géométriques en bois constituant l’ensemble de base. La consigne est tout à la fois écrite et formulée oralement. Il se lance immédiatement dans une manipulation et aligne 2 ronds (non-rouges), suspend toute action pendant quelques secondes, relit la consigne et ajoute 3 pièces rouges (et non rondes). Constatant qu’il y a 5 objets au lieu de 4, il supprime 1 rond ; il a maintenant bien quatre objets, 3 rouges mais plus qu’un rond ; il remet immédiatement le rond enlevé en place, l’ enlève de nouveau, le remet, retire une pièce rouge ; il a alors 2 ronds, 2 rouges, soit quatre objets, mais là encore un des critères n’est pas rempli. Cette manipulation dure guère plus d’une minute.

Il interrompt alors toute manipulation, semble réfléchir intensément pendant une dizaine de secondes puis relève la tête dans un mouvement de décharge motrice qui engage tout son corps et conclut par un « ça me prend la tête ! ». Il jette ensuite le corps en arrière, tourne tête et tronc comme pour vérifier s’il n’y a pas quelqu’un ou quelque chose derrière son dos, se remet face à la table et évite du regard le plan de la table sur lequel gisent ces figures géométriques qui ont failli, littéralement, lui prendre la tête. Pour terminer, il est en proie à une hésitation pathétique, lisible dans son attitude et qui semble dire : « Est-ce que je me replonge dans l’exercice ou est-ce que je renonce ? »

Cette séquence magnétoscopée d’une séance de remédiation livre une brève histoire du temps, où l’instant de la pensée prend une dimension et une densité toute particulière. Cette fraction de temps, ces quelques dizaines de secondes desquelles le sujet sort comme on sort d’un vertige ou d’un moment d’absence à soi-même, sont difficilement accessibles à l’investigation directe [1] . Pour explorer cette fraction de temps muet, nous disposons d’indices cliniques en amont et en aval que l’on peut organiser en séquences chronologiques :

1) Dès la consigne formulée, le sujet se met en action sans temps de réflexion préalable.

2) Il consulte la consigne pour vérifier l’adéquation de ses premiers résultats et/ou pour relire les aspects de la consigne qu’il a oublié de prendre en compte et ainsi continuer à avancer séquentiellement.

3) Il suspend enfin toute action pour, on peut l’imaginer, refaire mentalement les mêmes combinaisons et/ou en computer de nouvelles.

4) De ce bref temps de travail de la pensée, il ressort comme pour échapper à un danger réel et imminent.

5) Suivent une série de manifestations physiques s’exprimant sous la forme d’une agitation  motrice plus ou moins prononcée et une ponctuation verbale.

6) La dernière séquence se rapporte à des indices d’anxiété: a) regarder derrière soi ou plus généralement explorer alentour ; b) fuir du regard l’objet du trouble et/ou hésiter à se remettre en travail.

Ces six séquences peuvent être rassemblées par paires, définissant ainsi trois ensembles où, curieusement, le rapport corps/pensée se modifie :

  1. A) Durant les séquences 1 et 2, le sujet pense en agissant dans le même temps ; pensée et action sont soudées l’une à l’autre ; pas de temps de latence entre l’annonce de la consigne et le début de son exécution ; le sujet se lance – à corps perdu pourrait-on dire – dans le problème à résoudre ; la pensée ne trouve son expression que dans l’action immédiate ; pas de suspension, pas de médiation temporelle, pas de différance au sens de J. Derrida (1967) c’est une pensée-en-acte.
  2. B) Dans les séquences 3 et 4, le sujet se contraint à suspendre toute action physique ; le support corporel s’évanouit, la pensée représentative ne se soutient que d’elle-même ; cette fraction de temps s’achève rapidement dans une sorte de sursaut vital.
  3. C) Les séquences 5 et 6 nous fournissent quelques indices de ce qui a été éprouvé durant le moment où la pensée représentative a été seule en action. Elles évoquent :

– a) un mouvement de réinvestissement du corps comme si le moi-psychique, une fraction de temps durant, avait déshabité le moi-corporel. La ponctuation verbale « ça me prend la tête ! » [2] , à entendre au sens littéral du terme dit ce à quoi le sujet a échappé : perdre la tête, qu’on la lui prenne, qu’on la lui coupe ; ou encore qu’un Autre l’occupe, corps étranger (et pourtant interne) pénétrant par effraction. On a affaire là à deux types d’atteintes corporelles (perte et intrusion) où le sujet, corps en vacance, a risqué de n’être plus maître en sa demeure, sensation que l’on peut rapprocher de la faillite de la résidence dans le corps. Cette perte de maîtrise, on en voit une autre expression dans l’exploration de l’espace, comme si durant cette absence à soi-même l’environnement proximal avait pu se modifier.

– b) un trouble complexe, une gêne profonde faite d’évitement et d’hésitation (« j’y retourne, je n’y retourne pas ») que l’on peut rapprocher tout à la fois de l’inquiétante étrangeté (Freud S., 1919) et de l’expérience spéculaire. En effet, ce regard d’évitement, doublé d’un mal-être pathétique évoque ce que R. Zazzo [3] rapporte de la construction de l’image spéculaire, ce temps où l’enfant manifeste un malaise face à sa propre image dans le miroir.

Trauma négatif et analité primaire

De tels troubles du penser se signalent, on le voit, par ceci qu’ils sont muets dans leur expression formelle et entraînent des micro-traumatismes [4] dont la répétition n’est peut-être pas sans lien avec l’inhibition de la pensée propre à ces sujets. Ces troubles condensent les traits principaux des formes de l’activité intellectuelle que beaucoup d’enfants et d’adolescents mettent en oeuvre : ils ne supportent pas les situations cognitives qui imposent un temps de latence, un temps d’arrêt nécessaire à une élaboration, même minime, parce que ce qu’il y a à savoir ou à comprendre dans de telles situations ne se donne pas d’emblée. Ce temps où la pensée doit être suspensive, en recherche, ils ne le supportent pas et lorsqu’ils s’y risquent, ils semblent être mis en danger de se perdre. On comprend bien, qu’ici, l’objet de la perte n’est pas libidinal mais narcissique. Le trouble du penser qui se manifeste par un court-circuit de l’activité intellectuelle au moment même où elle ne se soutient que d’elle-même constitue une défense, un évitement qui ne porte pas sur l’activité intellectuelle comme telle mais sur ce qui manque à lier psyché et soma, au sens de l’indwelling winnicottien, le sentiment d’habiter son propre corps.

Je propose précisément d’interroger ce sauvetage de la psyché par l’étayage corporel et la vacillation du sujet, le situant dans le champ des rapports complexes entre psyché et soma – ce que Winnicott nomme la collusion psychosomatique, mais aussi ce que D. Anzieu (1994) dialectise de l’entre-deux moi-peau/moi-pensant – en l’articulant à une analyse de la temporalité psychique. Pour Winnicott, le développement du moi se réalise à travers différentes tendances : celle de l’intégration (qui permet à l’enfant, au départ « paquet d’anatomie et de physiologie », de voir l’intégration de son moi s’effectuer progressivement sur la base du sentiment de continuité), le holding maternel favorisant ce mouvement d’intégration par la continuité dans le temps et dans l’espace ; celle de la personnalisation, de la résidence dans le corps, grâce essentiellement au handling (le moi psychique s’étayant sur le moi corporel) ; celle enfin de la relation d’objet nourrie par le mode sur lequel les figures d’attachement introduisent l’enfant à la réalité du monde (l’objet-presenting). On connaît les implications psychotiques soulignées par Winnicott de la dissociation entre la psyché et le corps, à savoir le refuge dans l’activité de penser entraînant possiblement un état de dépersonnalisation. Ce qui se profile ici, c’est un mécanisme en quelque sorte inverse, qui met l’investissement du côté du corps afin de « sauver sa peau » .

  1. Green (1993) a décrit sous le terme d’analité primaire un fonctionnement psychique caractéropathique qui introduit un éclairage clinique précieux pour la compréhension de cette forme de trouble du penser. Le caractère anal primaire se spécifie notamment par :
  • une fragilité narcissique importante qui se traduit par un comportement d’ « écorché vif » ;
  • une image de soi ayant besoin du relais du regard de l’autre pour être acceptée ; le sujet ne peut se définir qu’à travers l’image de lui-même que les autres lui renvoient ;
  • un fonctionnement projectif intermittent qui scrute les intentions cachées de l’interlocuteur : « vous avez dit ceci pour que je fasse cela… » ;
  • une défense acharnée du territoire subjectif destinée à combattre le sentiment permanent d’un empiètement de la part des autres ;
  • sur le plan objectal, une oscillation entre évitement et recherche de situations de dépendance, sur un versant sadomasochiste fondé sur une épreuve de force ;
  • un transfert paradoxal ;
  • « une opposition anale relevant d’un négativisme inconscient où il est plus important de dire non à l’objet que oui à soi » cohabitant avec son opposé « une relation fusionnelle où le sujet est en communication interne et secrète avec un objet intégralement bon, seule manière de supporter les frustrations imposées soit par son absence, soit par les conflits engendrés par le contact avec lui lorsqu’il est présent » [5]  ; en somme l’identité du sujet se dessine à travers un balancement entre la tentation d’une régression fusionnelle vers l’objet primaire et  la destruction de l’autre comme seule preuve de l’affirmation de soi ;
  • un déni d’existence de l’objet, tant le réel est vécu comme source permanente de traumatismes ; il s’agit là au fond de faire peu de cas de l’autre pour le neutraliser, lui enlever tout pouvoir que ses actions ou ses paroles pourraient avoir sur le sujet ;
  • un vécu douloureux, entraînant des sentiments de colère et même de rage, résultant de ce qui fait en l’autre différence d’avec soi ;
  • un inhibition de la pensée qui « paraît paralysée, gagnée par un blanc que rien, désespérément, ne vient remplir, contraignant le sujet à l’immobilité, à un surplace sans remède ».

Relativement à la genèse du fonctionnement anal primaire, A. Green suggère l’idée qu’à une première relation d’objet fusionnelle extrêmement intense et passionnelle aurait succédé « une déception inguérissable à la phase anale par la prise de conscience de l’état séparé de l’objet où le rôle du tiers devient traumatique, que ce dernier soit représenté par le père ou par un cadet » [6] . Il ne s’agit évidemment pas d’un trauma par excès d’excitation et faisant effraction, mais d’un trauma par défaut, en creux, que je propose de nommer ici trauma négatif [7] .

L’idée de trauma négatif est implicitement contenue dans les vues de D. W. Winnicott (1974) qui a décrit des éprouvés psychiques qu’on pourrait dire paradoxaux en ce sens qu’ils renvoient à des expériences psychiques archaïques qui ont eu lieu mais n’ont pas été éprouvées en leur temps, sorte de trauma en creux. La crainte de l’effondrement renvoie à une expérience passée mais dont l’éprouvé n’est qu’actuel, après coup d’un trauma négatif. «Il est plus facile, nous dit-il, de se remémorer un trauma que de se souvenir que rien ne s’est passé quand cela aurait pu se passer ». L’éprouvé du vide est un état nécessaire au développement, et une condition préalable au désir de recueillir, de remplir ou d’apprendre. Lorsqu’il a été vécu mais pas éprouvé, le vide devient l’objet d’un travail défensif : ce devient un vide contrôlé. L’activité du Moi s’organise alors autour de cet état redouté tout autant que compulsivement recherché. Le sujet pourra par exemple contrôler le vide en établissant un rapport particulier aux aliments physiques (en ne mangeant pas et/ou en mangeant compulsivement) ou psychiques (en se défiant notamment de toute situation d’apprentissage qui engage trop fortement la pensée, ou encore en voulant faire les choses exclusivement à son idée, sans le recours à autrui, à son expérience, à ses méthodes).

En qualifiant de trauma négatif ce que de tels troubles du penser peuvent recouvrir, nous soulignons que nous ne sommes pas seulement dans le registre du besoin ou du désir à assouvir mais aussi dans l’aire du lien interpersonnel (D. Stern, 1985) où le partenaire – la mère, les figures d’attachement – a eu à produire une réponse signifiante, réponse qui pour l’enfant n’est pas venue à temps ou n’est pas venue du tout. Il ne s’est rien passé, là où il aurait pu utilement se passer quelque chose, nous dit Winnicott. Une telle attente est moins liée à la logique des représentations qu’à ce qu’on pourrait nommer une logique des affects (du quantum pulsionnel), dont la temporalité nous apparaît être une des catégories constitutives. De même que l’espace psychique des représentations, considéré par D. Anzieu comme analogon de l’espace physique, permet la connaissance du monde extérieur, de la substance, le temps psychique de l’affect favorise, à travers les rythmes pulsionnels et les soins, la reconnaissance et le dialogue avec le monde interne et phénoménal.

Les mythes contemporains comme ceux de Rambo ou de Rocky, s’ils interpellent à ce point nombre d’enfants et d’adolescents, c’est qu’ils recèlent en eux et renvoient en miroir ce préjudice indicible, ce trauma négatif où le temps par trop différé d’une réponse (ou attente d’une réponse qui n’est jamais venue) appelle le corps à suppléer Psyché et à parler depuis sa place. Chez ces héros contemporains, le corps entier est une prothèse psychique, phallus incarné qui tient lieu de ce qui manque à se représenter et dont la mise en scène est sans adresse véritable, pur jeu d’exercice avec soi-même, et où l’autre, lorsqu’il est convoqué pour un corps à corps n’est là que pour signifier que le triomphe du héros est quête impossible : il gagne lorsqu’il perd et il perd lorsqu’il gagne. Etre toujours sur le fil du rasoir, à éprouver les limites de la rupture. Ces renversements sont la marque érotisée d’une tentative pathétique de reconnaissance qui ne se nomme pas et dont l’échec subtil garantit l’existence et la répétition sans fin. Ce qui pourrait passer chez ces héros pour de la ténacité, de la volonté à ne jamais transiger, ou à s’en tenir fidèlement à des principes moraux (la parole donnée, etc.), s’édifie en fait sur une carence et voisine subtilement avec la tentation d’une soumission masochiste.

Ces mythes contemporains sont des analogons du mythe d’Héraclès, dont le commentaire va nous permettre d’éclairer le poids et la place de la dimension temporelle dans ce qui borde la constitution de l’analité primaire.

Quand Psyché n’habite pas tout à fait le corps

Le mythe d’Héraclès [8] renvoie à la dualité corps/esprit d’une façon si singulière qu’il semble témoigner à lui seul des difficultés auxquelles nombre d’enfants et d’adolescents sont confrontés dans l’acte-de-penser. Qu’il vienne du dedans ou qu’il s’impose du dehors, l’acte-de-penser s’apparente pour eux à une telle contrainte qu’ils n’y échappent qu’en y opposant un penser-en-acte. Présentes sous les formes les plus diverses (exercices de force, agitation motrice, violence, opposition, etc.) ces conduites de vie agissent comme autant de défenses archaïques contre une dépendance redoutée autant que souhaitée. Tout au long du mythe héroïque, Héraclès n’aura de cesse de lutter, sans jamais parvenir véritablement à un équilibre satisfaisant, contre un fonctionnement projectif associé à un empressement à agir, contre une impossibilité à maîtriser le pulsionnel, à gérer le temps, à contenir la frustration et la jalousie, à supporter les contraintes. Il aura à subir les conséquences de son aveuglement, de ses méprises sans cesse répétées, de ses troubles de la perception ou de la pensée, avant que ses rédemptions successives – exils, travaux – ne l’éduquent, ne l’affranchissent de la violence de ses pulsions et ne l’amènent au respect des règles sociales.

Aux origines

Zeus désire Alcmène. Parce qu’elle se refuse à lui, il devra utiliser un stratagème pour parvenir à ses fins. Héraclès sera l’enfant de cette union illégitime. En prélude à la naissance de l’enfant dont Zeus voudra faire un Héros à nul autre pareil, trois évènements majeurs sont à signaler :

1) Une ruse, la duplicité : Alcmène est étrangement abusée. Croyant retrouver son époux légitime Amphitryon, revenu vainqueur d’une campagne, c’est à Zeus, ayant pris les traits d’Amphitryon, qu’elle s’abandonne.

2) Un temps, le dérèglement : Dans la nuit d’amour qui l’unira à Alcmène, Zeus suspend le cours du temps trois nuits durant ; temps déréglé, en expansion et sous le contrôle absolu du dieu des dieux.

3) Une chute, la fêlure narcissique : Amphitryon, de retour de campagne au lendemain de cette si longue nuit d’amour ayant uni Zeus et Alcmène, est troublé par l’accueil étrange que lui fait son épouse. Il s’informe auprès de Tirésias qui lui révèle la ruse de Zeus. Le voilà doublement déchu de sa position d’époux : il se sait maintenant cocu et ne peut plus connaître sa femme de peur d’encourir la jalousie divine.

Autour de la naissance d’Héraclès, on trouve la répétition de ces trois mouvements :

1) La ruse, duplicité : Zeus annonce la naissance proche du Héros, mais Héra s’oppose sournoisement aux desseins de Zeus qui veut faire d’Héraclès le Roi de la Maison de Persée. Elle réussira à lui fait promettre que le premier enfant qui naîtrait dans la Maison de Persée avant la nuit tombée serait Roi.

2) Le temps, dérèglement : une course contre le temps s’engage qui fera naître avant la nuit tombée un autre qu’Héraclès, Eurysthée. Héra, en effet, hâte les couches de Nicipée et retarde celles d’Alcmène. Héraclès naît une heure trop tard. Zeus sait maintenant avoir été abusé par Héra.

3) La chute, fêlure narcissique : Héraclès naît donc roi déchu avant d’avoir régné ; deuxième déchéance, le voilà couplé d’un jumeau, Iphiclès, fils d’Amphitryon, conçu au lendemain même de la longue nuit qui unît  Zeus à Alcmène.

On peut de nouveau retrouver ces trois temps lors de l’allaitement d’Héraclès par Héra : ruse de Zeus et Athéna et méprise d’Héra, rupture temporelle lors de l’allaitement, enfin rejet brutal de l’enfant avide du sein. Le cycle se régénère par une nouvelle duplicité, voilà en effet l’enfant devenu désormais immortel grâce au lait divin, etc.. Il faut comprendre la fragilité narcissique anale d’Héraclès comme relevant d’une double détermination : d’une part quelque chose s’apparentant à de la duperie, du mensonge, de la duplicité, de la dissimulation, de la tromperie, de l’artifice, d’autre part une temporalité qui dérègle, fait violence, et inscrit le rapport à l’autre dans le registre du forçage, de la contrainte, de l’emprise.

Relativement à l’étiopathogénie de l’analité primaire, A. Green souligne « le rôle primordial d’une relation à un objet primaire totalement incapable d’identification mais auquel le sujet s’identifie néanmoins inconsciemment. Ultérieurement, ajoute-t-il, le tiers pourra être aimé et investi, jamais cependant au point de permettre la guérison de la blessure narcissique de la séparation d’avec l’objet primaire » [9] . Les conditions d’installation d’un tel caractère anal peuvent être utilement mise en lumière à travers l’angle qu’offre la temporalité psychique. Tout d’abord, on peut voir dans la figure d’Héra le prototype de cette identification maternelle impossible. L’enfant, quant à lui, est tenu inconsciemment par cette identification à l’imago maternelle. La trace de cette identification s’inscrit dans le nom même d’Héra-clès [10] . Ensuite, cette lutte entre Héra et Zeus qui s’exprime par des torsions temporelles extra-ordinaires dont l’enfant est le produit trouve son écho dans la scène du berceau. Elle donne à voir une forme de l’agonie primitive, où deux serpents commandés par Héra, dardant leur langue fourchue, exposant leurs crocs pleins de poison font irruption dans le lit des jumeaux. Les parents, réveillés par les cris et la chute d’Iphiclès, se précipitent. Cette hâte se transforme pourtant en un inexorable retard : Amphitryon, sans prendre le temps de chausser ses sandales, saute de son lit et saisit son épée ; mais il fait nuit noir et l’on doit appeler les esclaves pour qu’ils apportent des lampes et des torches. On ouvre enfin la porte de la chambre. Iphiclès, alter ego d’Héraclès, est totalement terrorisé pendant qu’Héraclès jette aux pieds d’Amphitryon les deux serpents étranglés, comme pour signifier l’irréductible désynchonisation des temporalités psychiques. La hâte de l’un se fait attente désespérée chez l’autre. R. Roussillon (1999) rappelle combien les agonies primitives sont sous-jacentes aux formes cliniques de la négativité et qu’elles alimentent la destructivité, et les formes d’anti-socialité. Enfin, la trajectoire de vie d’Héraclès traduit dans son entier la fêlure narcissique dont il ne se guérit que dans l’agonie, lorsqu’on lui porte témoignage qu’il n’a pas été trahi par celle qui l’aimait bien qu’il lui fut infidèle. Déroulons-en les moments essentiels.

L’apprentis-sage

Son premier crime, Héraclès l’accomplit précisément au cours d’une leçon, leçon que lui donnait ordinairement Eumolpos. Absent ce jour-là, c’est Linos qui se charge de l’instruction. Voulant le contraindre à apprendre d’autres principes que ceux enseignés par Eumolpos, Linos reçoit un coup de Lyre mortel. Amphitryon, redoutant alors que l’enfant ne se livre à d’autres violences l’envoie dans une ferme. A la campagne, il s’occupera des vaches…,  premier exil, première humiliation.

Devenu adulte, Héraclès est admiré et redouté pour son courage. Il épouse la fille aînée de Créon, roi de Thèbes. Mais il tue par aveuglement, par manque de discernement, par folie dit la légende, six de ses fils, pourtant chéris, après les avoir pris pour des ennemis. Ce qui lui vaut d’avoir à se mettre au service d’Eurysthée [11] , d’avoir à se soumettre à un homme qui ne l’équivaut en rien : nouvelle humiliation, nouvelle tentative d’apprentissage de la maîtrise pulsionnelle, première épreuve de la soumission à un autre. La mise à l’épreuve par les fameux travaux est à comprendre comme une mise en confrontation  fantasmatique avec les angoisses les plus archaïques : l’écorchage, le dépiautage vs l’invulnérabilité magique de l’enveloppe, la brûlure, l’étouffement, l’asphyxie, l’engloutissement, l’empoisonnement, le démembrement, la dévoration, la pénétration, la castration, la soumission vs le domptage, la dépression, l’abouchement monstrueux, la mort vs l’immortalité, le noir, l’impuissance, etc.

Les douze travaux à peine accomplis, il tue Iphitos, son hôte, qui l’avait soupçonné à tort d’un vol de chevaux. L’Oracle, auprès de qui il réclame une sentence, le rend esclave d’Omphale : autre épreuve, autre soumission. Poussé par les événements à quitter sa carapace masculine, le voilà habillé en femme et occupé à d’autres travaux… d’aiguille cette fois. C’est l’épreuve de la confrontation à la dimension féminine, à ce qui fonde l’identité sexuée.

Enfin libéré, il retourne à la vie héroïque, répète encore les erreurs de jugement, mais s’inflige désormais lui-même l’exil.

Protégé très tôt par une carapace musculaire, puis doublée de la peau de Némée, il était imperméable aux dangers externes et ne se laissait pénétré par aucun dialogue intérieur. C’est au moment où il pense renoncer désormais à tout exploit héroïque que Déjanire, elle-même dupée en voulant le contraindre à la fidélité, lui fait parvenir une chemise de sacrifice, emplie d’un poison mortel qui lui brûle la peau et les chaires. Il meurt au moment où il s’apprête à renoncer à cette vie de paraître, héroïque certes mais stérile dans ses enseignements. Il est terrassé par celle qui a voulu le contraindre à demeurer fidèle, il meurt d’une nouvelle et ultime méprise, un poison pour un filtre d’amour.

Ce n’est que quittant le monde des hommes, élevé au rang des dieux qu’il peut recevoir d’Héra et sous l’impérative insistance de Zeus les témoignages d’une adoption enfin réalisée. Il s’agit d’une cérémonie de seconde naissance, consistant pour la mère adoptive à se mettre au lit et à simuler un accouchement en faisant sortir de ses jupes le sujet adopté. Le simulacre vient ici, en lieu et place de la duplicité, restaurer le procès d’identification réciproque. « Depuis lors, nous dit le mythe, Héra considéra Héraclès comme son fils et l’aima après Zeus » [12] .

Le temps psychique

Aux origines de la vie d’Héraclès, se déploie une temporalité particulière. Il s’agit d’un temps  inhumain, qui n’est pas d’essence humaine, d’un temps qui, pour avoir été trop étiré, se contracte après coup à l’infini dans l’immédiateté des réponses, dans l’urgence de l’agir. Héraclès en porte la marque à travers les méprises de la perception et de la pensée, les jugements qui court-circuitent toute pensée élaborative. La pression narcissique est là à fleur de peau et se traduit par le prix à payer pour apprendre, où héroïsme et déchéance se côtoient.

La construction du mythe d’Héraclès tel que nous le restituons ici met en scène ce que pourrait être une véritable pathologie du temps psychique. Par précipitation, tout acte de pensée est court-circuité par une pensée en acte immédiatement mise en œuvre. Le penser et le représentatif sont empêchés de se déployer, dominés dans l’urgence d’une réponse par le  perceptif et le présentatif. La répétition elle-même est affaire de temps. Ce dont le sujet ne peut se souvenir il le met, à son insu, en acte. Et ce dernier porte en lui la marque d’une temporalité mal construite. Ce rapport singulier au temps se traduit aussi par un rapport à la loi qui fait question (Gadeau, 1996).

Sur le plan intersubjectif, la temporalité est au coeur de ce qui construit la relation à l’autre. Lorsqu’un enfant est en attente de ….(quelque chose),  c’est que l’autre – figure d’attachement indisponible -, investit ailleurs qu’en direction de l’enfant lui-même. L’attente est à entendre à la fois comme délai  de quelque chose qui doit advenir et comme attente  de cette même chose qui ne vient pas. Dès lors, le temps éprouvé, le temps qui s’inscrit dans l’enfant est-il un temps duel, un temps intersubjectif, qui traduit tout à la fois l’attente de l’enfant et le temps imposé par l’autre. L’éprouver du temps se construit à partir d’un jeu complexe de présence/absence de l’objet primaire à l’enfant (L. Gadeau, 1997). Ce temps intersubjectif, c’est précisément cette partie du temps psychologique qui sera à la source du temps psychique.

J’ai proposé (L. Gadeau, 1996, 1997) de comprendre le temps psychique  comme le rapport singulier, qu’entretient le sujet tout à la fois au temps social, au temps du Surmoi et au temps du Désir. Le temps social, c’est le temps chronométrique, le temps de l’horloge, le temps objectif ou objectivé. Le temps du Surmoi, c’est le temps chronologique, temps de l’horloger, celui qui fait discours sur le temps, celui qui fait entendre sa voix sur le temps subjectif. Le temps du Désir, c’est le temps de l’inconscient-pulsionnel et de l’inconscient-mémoire. Le mode d’être du sujet à la temporalité trouverait donc sa singularité dans la composition plus ou moins stable des interrelations établies par le Moi entre ces trois niveaux. L’expression moïque du temps psychique pourrait aller d’une stabilité relative à des fluctuations conjoncturelles soumises aux impératifs de la réalité extérieure, du Surmoi, ou de l’Inconscient. Au regard du champ éducatif, on peut retenir quelques-uns des traits qui déterminent les rapports du temps au Surmoi et au désir. Il existe une liaison très spécifique et très forte entre la dimension temporelle et le Surmoi, que je propose de traduire par une formule : ce qui engendre le Temps produit la marque de la Loi. C’est une des manifestations de la fonction paternelle [13] que de médiatiser la relation mère-enfant, de produire de la séparation, de la coupure, de la défusion, d’introduire à l’altérité des désirs, d’imposer sa limite au désir oedipien. Si l’on devait définir ce qui spécifie la temporalité du côté de la fonction maternelle, on pourrait dire que le temps qui s’écoule paisiblement, sans rupture, sans fracture, qui d’une certaine façon dénie la dimension même du temps, ce serait le temps représenté par la fonction maternelle, temps éprouvé dans le sentiment océanique, temps du narcissisme primaire. Par opposition, le temps qui représente la fonction paternelle, serait ce qui introduit de la succession dans les événements, permettant par là l’inscription de la durée dans des limites. Le temps de la fonction paternelle, c’est ce qui rompt avec le temps imaginaire (temps synchronique des désirs) et donc médiatise le temps des désirs en y mettant de l’ordre (aux deux sens du mot ordre : soumettre l’autre à l’impératif de ma parole, et sérier, hiérarchiser, arranger).

Ce à quoi nous ouvre le mythe d’Héraclès, c’est bien à cette mise en tension, à ces achoppements dans l’engendrement de la succession, offrant de l’objet primaire une facette inquiétante faite d’instabilité, de cahot, d’indétermination, d’imprévisibilité, où le climat de duplicité et le dérèglement temporel conduisent à la fêlure narcissique.

Normalement, les soins maternels représentent des cycles répétitifs, de véritables petits rituels qui offrent les indices nécessaires à la pensée d’une succession, c’est ainsi par exemple que la présentation du bavoir augure, pour le bébé, la tétée à venir. Pour la psyché du bébé, l’état d’attente, attendre quelque chose… est déjà la marque d’une élaboration temporelle. Pour qu’une pensée surgisse qui ait une forme sérielle du genre « un événement succède à un autre » (D. Marcelli, 1986), il est nécessaire que les figures d’attachement favorisent un temps circulaire, c’est-à-dire un temps dans lequel la succession des événements soit prévisible. Normalement, si au départ le bébé ne sait pas qu’il crie parce qu’il a faim, bientôt, parce qu’il sait qu’après l’état affectif associé à la faim viendra un état affectif de détente et de satisfaction, il se mettra à chercher activement les indices qui lui permettent d’anticiper ce second état. Au début, ce n’est donc pas l’absence elle-même qui permet le penser, c’est bien le caractère alternatif, répétitif et circulaire des absences et des présences. Si une pure présence, c’est-à-dire une présence sans fond d’absence, ne peut pas se concevoir, comme W. Bion l’a bien montré, il faut ajouter qu’on ne peut pas non plus penser une pure absence. C’est bien le penser d’une succession qui permet l’anticipation et les éprouvés de l’attente. C’est la rythmicité des événements [14] qui, par leur prévisibilité, impose probablement à l’enfant l’accès à la temporalisation, à travers la dimension temporelle de la succession. Il n’est pas illégitime de penser que les enfants, qui à l’instar d’Héraclès, sont dans l’immédiateté, la difficulté d’anticipation, l’absence de temporalisation nécessaire à l’activité de penser, sont aussi ceux pour lesquels cette rythmicité des événements liés au soin du corps et aux liaisons soma/psyché n’a été ou n’est que très imparfaitement garantie, quelquefois dès le plus jeune âge.

Il est enfin une autre dimension qui donne la pleine mesure du travail de mise en temporalisation. Il s’agit de la confrontation à la frustration (Freud, 1912). L’expérience de la  tolérance à la frustration est éminemment liée au désir maternel, notamment aux désirs agressifs de la mère qui sont la plupart du temps largement contre-investis par les désirs libidinaux. Ces désirs agressifs soutiennent chez elle une revendication qu’on pourrait qualifier de désir de détachement (Gadeau, 1987, 1988 ; Marcelli, 1986) et qui s’exprime entre autre à travers les micro-frustrations que la mère va progressivement imposer à son enfant. La reconnaissance consciente ou préconsciente par la mère de mouvements agressifs, et l’expression d’un sadisme modéré, permettent l’instauration d’un délai entre les besoins du nourrisson et le temps de leur satisfaction. Ce délai est supporté et supportable pour la dyade mère-enfant parce qu’il est le plus souvent accompagné d’un bain de paroles et d’une communication infra-verbale qui en autorise la reconnaissance. Les éprouvés haineux, les affects issus de la frustration vont être historicisés par l’acte de reconnaissance que la mère pose à l’instant des retrouvailles [15] . Ces micro-frustrations maternelles, par l’acte de reconnaissance qui les accompagne, sont à la source de la capacité du Moi de l’enfant à tolérer la frustration, et donc à intégrer dans son fonctionnement le temps linéaire, chronométrique, celui du principe de réalité, ainsi que les contingences liées à la réalité externe.

Pour conclure

De façon métaphorique, résoudre un problème c’est se mouvoir dans un labyrinthe, en explorer de façon plus ou moins organisée les voies, en définir une topographie approximative, pour finir par établir la liaison entre entrée et sortie. Pour certains sujets, entrer dans ce labyrinthe n’est pas une mince affaire, et le pas franchi, c’est avoir à faire face à un espace qui s’apparenterait plus à un vide, un labyrinthe sans bord et donc sans limite, qu’à un réseau complexe et dans lequel le Moi s’engloutirait. On peut considérer avec Winnicott qu’un sujet en bonne santé est capable d’utiliser des relations de confiance pour perdre à un certain moment son intégrité, et renoncer ainsi à ce qui assure le sentiment d’existence, la résidence dans le corps et ses fonctions. Pour éviter d’avoir à sombrer dans une telle béance ouverte, comme Héraclès le sujet clinique de notre étude court-circuite l’activité cogitative pour retrouver ses appuis mentaux dans la réalité sensorielle et externe. C’est là une façon de se défendre contre une dissociation possible de la psyché d’avec le corps et une lutte contre la dépersonnalisation. Loin de l’inhibition névrotique, cette fragilité de la collusion psyché-soma trouve ses racines dans une temporalité psychique mal établie qui n’autorise que difficilement le lien de confiance suffisant pour supporter la suspension du sentiment d’existence.

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Références

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Notes

  • [1]↑– Interroger après coup, même à chaud, les sujets sur ce qui s’est déroulé durant cette fraction de temps, n’apporte en général aucun indice (sinon sur ce qui a été mis en œuvre comme ébauche de raisonnement); c’est un moment indicible. On pourrait inférer, à partir des conditions qui ont présidé à l’activité représentative, que le sujet a computé différentes combinaisons, et empêché qu’il était de pouvoir coordonner les critères « forme » et « couleur », il a mis un terme à ses recherches, à l’activité du penser (cf. Gadeau L., 1994, « Du désir de savoir au désir d’apprendre : étude psychanalytique », Psychologie et Education ,  n°18, pp. 67-86). Mais cela rend difficilement compte de l’état dans lequel il sort de ce travail de penser.
  • [2]↑– On peut entendre d’autres expressions du type « c’est pourri cet exercice ! ». Elles paraissent constituer des formes atténuées de celle produite ici et s’y relient dans l’évocation d’une altération organique.
  • [3]↑– Pour rendre compte de la construction de l’image spéculaire, R. Zazzo convoque deux termes : l’objectivation et l’appropriation. L’objectivation, se fondant sur l’expérience extéroceptive, est « le processus par lequel l’enfant se fait objet dans l’espace des objets, par lequel il devient visible à lui-même: percept et représentation » (op. cit. p 206). L’appropriation, processus qui lui succède, consiste pour l’enfant à « incorporer cette apparence visuelle, à faire coïncider cette image froide et distante avec l’expérience immédiate qu’il a de son propre corps » (ib.). Zazzo R., 1983, « Miroirs, images, espaces », In Où en est la psychologie de l’enfant ?, Paris, Denoël.
  • [4]↑– Cf. les notions de micro-traumatisme chez L. Rangell (1981) et de trauma cumulatif chez M. Khan (1976).
  • [5]↑– A. GREEN, 1993, « L’analité primaire dans la relation anale », In B. Brusset, C. Couvreur, La névrose obsessionnelle, Monographies de la Revue Française de Psychanalyse, Paris, Presses Universitaires de France, p. 80.
  • [6]↑Op. cit. p. 85, souligné par moi.
  • [7]↑– Les travaux sur le négatif, de Freud (1925) à Green (1977, 1993, 1995), Guillaumin (1988, 1995) et Rosolato (1977, 1978) pour ne retenir que les principaux, ont mis en évidence la portée d’un éclairage spécifique sur les opérations, processus ou mécanismes mentaux en creux. Le travail du négatif opère sur un spectre qui va de la négation à la négativité (négation de négation pour J. Hyppollite) et dont les marqueurs principaux sont la dénégation, le désaveu et la  forclusion.
  • [8]↑– On pourra trouver chez S. Boimare (1988) un recours différent au mythe d’Héraclès. Cf. pour le mythe d’Héraclès, GRAVE R., 1967, Les mythes grecs, T.2, Fayard, pp. 81-203.
  • [9]↑Op. cit. p. 85.
  • [10]↑– Héra-clès : Gloire d’Héra. On peut retrouver d’autres indices d’identification disséminés dans le mythe, par exemple dans le sanctuaire qu’Héraclès éleva pour Héra à Sparte au motif qu’elle n’avait pas contrarié son expédition (R. Grave, op. cit,, 140.d), ou encore lorsqu’il évita à Héra d’être violée en tuant son agresseur Pronomos.
  • [11]↑– Eurysthée signifie « celui qui contraint vigoureusement à reculer loin », c’est-à-dire à revenir sur le passé, à interroger l’histoire propre.
  • [12]↑– R. Grave, op. cit. 140i, p. 200.
  • [13]↑– On peut observer que de la mythologie grecque aux religions monothéistes, la notion de Temps n’a jamais cessé d’être associée à la fonction du Père : ainsi du mythe grec de Cronos, père de Zeus, reste cette figuration symbolique du temps, représentée sous la forme d’un vieillard ailé tenant une faux dans sa main. Par opposition aux dieux grecs, qui eux ont un passé, une histoire, le Dieu monothéiste c’est l’intemporalité, l’absence d’histoire. Cf. GADEAU L., 1996, « Temps psychique et acte éducatif : temps, Surmoi et désir », In Zazzo R., Tiberghien G., Lieury A. et al., Mémoire et devenir ; regards croisés sur la psychologie de l’éducation,  Les Pluriels de Psyché Editions, pp. 35-47.
  • [14]↑– qu’il s’agisse de macro-rythmes (veille/sommeil ; faim/satiété ; jour/nuit ; etc.) ou de micro-rythmes (phases d’attention/repli ; engagements/retraits ; etc.) ou encore de rythmes imposés par l’habitus des figures d’attachement.
  • [15]↑– Ce sont ces petits échanges verbaux et infra-verbaux que l’on peut observer entre mère et enfant, lorsque la mère, ayant tardé à répondre au besoin de l’enfant signalé par des pleurs et de l’agitation motrice, affiche à sa façon une reconnaissance de la colère de l’enfant liée à la trop longue attente, par exemple à travers des formules du genre : « Oh là là, comme il est en colère mon bébé !…. Oh oui, j’ai mis du temps à venir….., mais il fallait bien que je prépare Julien pour l’école…… ».
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