Soutien aux parents d’enfants présentant un TSA

Le soutien aux parents d’enfants présentant un trouble du spectre autistique.

Par Léa Dormoy

Pour citer cet article :

Dormoy, L. (2018). Le soutien aux parents d’enfants avec TSA. Quelles propositions pour quels besoins ? Le Journal des psychologues, 353, (1), 42-47.

 Résumé :

Quel est l’impact des troubles du spectre autistique sur la boucle interactionnelle parents-enfants et la qualité de vie de la famille ? Quel accompagnement proposer aux parents afin qu’ils appréhendent au mieux le quotidien avec leur enfant ? Une revue non exhaustive des différents types de soutien qui peuvent être proposés aux parents est ici proposée, ainsi qu’une réflexion sur la manière dont les psychologues peuvent accorder l’accompagnement du vécu psychique des parents avec le soutien à l’ajustement parental.

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Vivre avec un enfant porteur de troubles du spectre autistique est « un défi auquel les parents ne sont pas préparés » (Magerotte, 2004). Ses difficultés sociales et communicationnelles peuvent remettre en question la capacité du parent de calmer, de rassurer et de transmettre de manière synchrone, accordée et intuitive, ce dont l’enfant a besoin. L’enfant avec tsa réclame plus d’attention, présente des comportements déroutants et a besoin de sollicitations qui contraignent les parents à donner énormément sans être immédiatement gratifiés. En analysant la qualité de vie des parents et en recensant leurs besoins, les auteurs du troisième plan autisme (2013) ont amorcé l’amélioration du soutien aux familles, en appuyant sur la nécessité de reconnaître la place des parents dans la prise en charge et en leur apportant des conseils, des formations aux compétences parentales et des solutions de répit (1) [1] http://www.cnsa.fr/documentation/plan-autisme2013….. Nous aborderons ici le vécu et les besoins de soutien des parents, ainsi que la manière de les accompagner dans leur singularité.

Les parents face aux troubles du spectre autistique

Rappelons que la première description de l’autisme par Léo Kanner était fondée sur la supposition « que ces enfants [étaient] venus au monde avec une incapacité innée d’établir le contact affectif habituel avec les personnes, biologiquement prévu » (Kanner, 1943), mais ce sont d’autres descriptions de Léo Kanner, qui, dans la pensée collective, furent associées à l’étiologie autistique comme la description de parents « fortement organisés, froids et rationnels ». Les théories américaines des années 1950, et en particulier celles de Bruno Bettelheim, viendront appuyer ces propos en pointant des mères « frigorifiques » à la base du handicap de leur enfant et en recommandant une séparation thérapeutique du foyer. Selon Gordon Allport (2) [2] Cité par Eric Schopler, en 1969, lors du Symposium…, il se serait opéré durant ces décennies un phénomène de « bouc émissaire », faute de recherches scientifiques et face à des parents qui allaient légitimement mal, et nous en sentons malheureusement encore fréquemment les effets dans les plaintes des parents. Ce n’est qu’à partir des années 1970 que des études inféreront l’hypothèse selon laquelle la personnalité parentale entrerait dans la genèse directe de l’autisme (Cox et al., 1975).

Influence sur la parentalité

La parentalité est un processus par lequel on devient parent d’un point de vue psychique. Ce processus va être potentiellement influencé par la situation de handicap et de trouble neurodéveloppemental de l’enfant. « La famille a quatre rôles fondamentaux : réguler, combler les besoins (amour et sécurité), stimuler l’évolution, stimuler de nouvelles expériences. » (Marcoux, 2001.) Au niveau social (Poussin, 1993), la parentalité, et en particulier la maternité, amène une reconnaissance de la part des pairs. Les gratifications et les difficultés créées par les interactions avec l’enfant vont influencer la personnalité du parent. Face à cet enfant qui les bouleverse, certains parents peuvent, selon Simone Sausse (1996), perdre la capacité spontanée de comprendre et de connaître l’enfant. La dimension d’étrangeté des comportements peut rendre difficile la reconnaissance de soi dans l’autre. Or, ce sont la sensibilité empathique et la capacité du parent d’adapter son comportement au rythme et aux moindres initiatives de communication et d’attention conjointe du bébé qui développent l’interaction réciproque (Green et al., 2010). De même, alors que l’on sait à quel point le dialogue œil à œil (Lebovici, 1995) engendre des affects positifs vis-à-vis du bébé et favorise le développement de l’interaction sociale, on observe qu’un certain nombre de nourrissons à risque de TSA ne parviennent pas à accorder leur regard ou leur mimique (Baron-Cohen et al., 1999 ; Wendland et al., 2010), initient rarement le partage de l’attention ou de ses intérêts par le pointage de l’attention conjointe (Bernard et al., 2005), apportent rarement un objet à leur parent et éprouvent une certaine difficulté à partager leur vécu émotionnel (Sigman et al., 1986). En sus de sentiment d’incompréhension, d’inquiétude, de culpabilité et d’échec, les études (Sigman et al., 1986) montrent que les parents souffrent alors de ne pas se sentir reconnus comme parents. Se met alors fréquemment en place une « spirale transactionnelle » d’influence négative où les difficultés de communication sociale chez l’enfant fragilisent la capacité du parent de le soutenir dans son développement et affaiblissent son sentiment de compétence parentale (Sikora et al., 2013).

Vécu de l’annonce d’un trouble du spectre autistique chez son enfant

Après plus ou moins d’errance, l’annonce, souvent pressentie, d’un trouble neurodéveloppemental chez l’enfant est une blessure narcissique, une désorganisation concrète et sociale qui provoque une perte du sens qui avait été mis dans la parentalité, les projets s’effondrent, le familier devient source de questionnement (Philip, 2009). Même si les parents ont supposé les troubles du spectre autistique, ils n’envisagent jamais la totalité de la réalité du handicap parce qu’ils ne l’ont pas vécu eux-mêmes et que l’ampleur du bouleversement que cette réalité engendrera est difficilement intégrable. Est-ce à dire qu’il faut éviter ou retarder l’annonce du diagnostic ? Non, au contraire, surtout lorsque le parent est acteur de la recherche de sens, car le retard dans la compréhension des difficultés développementales de son enfant augmente la détresse et retarde la mise en place de prises en charge. Un diagnostic de tsa (ou de trouble du développement chez les enfants de moins de deux ans) n’est pas une information que l’on donne lors d’une première consultation. L’annonce est un temps qui permet de situer les difficultés d’un enfant dans un cadre scientifique connu en combinant les observations des parents et celles des professionnels. Le terme « autisme » est toujours lourd de sens et souvent représenté de manière biaisée au niveau sociétal (Chamak, 2015). Il doit être rappelé aux parents la temporalité du diagnostic, la variété de ses expressions et l’efficacité de prises en charge structurées et individualisées mises en place le plus tôt possible. Après ce temps suspendu du choc traumatique (Philip, 2009), certains passeront à une période active de reconstruction résiliente et d’autres se sentiront durablement anéantis en fonction de leur situation personnelle, familiale, financière, etc. Les professionnels vont devoir accompagner les parents dans ce cheminement, leur faire redécouvrir les compétences de leur enfant, au-delà de ses difficultés développementales et leur transmettre des approches pédagogiques spécifiques, afin d’ajuster leurs exigences et leurs attitudes parentales.

Impact sur la dynamique familiale

Les difficultés d’identification et de communication, ainsi que les problèmes quotidiens concrets, tels que les troubles du sommeil associés (Richdale, Schreck, 2009), les difficultés alimentaires (Nadon, 2011), des comportements défis (Ilg et al., 2014), les contraintes financières et organisationnelles (on note une probabilité sept fois plus importante de devoir arrêter son activité professionnelle lorsque l’enfant est âgé de trois à cinq ans), renvoient à beaucoup de parents un sentiment d’impuissance et une blessure d’une importance singulière. Vivre les troubles de développement de son enfant au quotidien dépasse souvent l’entendement, et cela est difficilement partageable avec ses proches. Enfin, si les parents ont d’autres enfants, ils éprouveront souvent un sentiment de culpabilité et la peur de ne pas faire assez pour les autres enfants (Meirsshaut et al., 2010). La fratrie, quant à elle, oscille souvent entre une jalousie légitime de voir l’attention et le temps focalisés sur l’autre, un dévouement parentalisé, une culpabilité à grandir sans difficulté, voire une grande gêne sociale face aux troubles du comportement. Ainsi, les parents vivent davantage de stress parental (Pisula, 2003 ; Ilg et al., 2014) que la population générale ou que des parents dont l’enfant présente un autre trouble du développement. Ce stress va potentiellement se répercuter sur la dynamique de couple et favoriser le développement d’épisodes dépressifs, en particulier chez les mères (Roeyers, Cloetens, 1995). En définitive, le vécu de qualité de vie est moindre par rapport à la moyenne de la population de parents (Cappe et al., 2012). Ainsi, les professionnels de première ligne doivent être sensibilisés à cette réalité et aux moyens de soutien qu’ils peuvent proposer en fonction de chaque situation parentale.

Quel type de soutien apporter

Marie M. Bristol (1987) rappelle que le fait de ne voir que les fragilités des familles a longtemps occulté les exemples des familles parvenant à s’adapter et à faire face. Une étude de Bengt Sivberg (2002) sur la particularité des stratégies de coping de ces familles en comparaison à des familles n’ayant pas d’enfants avec tsa montrent que les parents d’enfants avec tsa mettent plus majoritairement en place des stratégies « non constructives » de mise à distance (mentale) et de distraction (éloignement physique), tandis que le groupe contrôle montrait plus de capacités de faire face de manière « constructive » (contrôle de soi, recherche de soutien social, résolution du problème). Mais il est aussi observé que plus les parents mettent en place des stratégies de coping diversifiées (confrontation au problème, mise à distance, contrôle de soi, acceptation de la responsabilité, distraction, résolution du problème), moins ils ressentent de contraintes dans la situation. C’est donc en ce sens qu’il faut les accompagner en favorisant l’expression de leur vécu et en multipliant leurs stratégies d’adaptation. Nous essayerons ici de répertorier les différents types de soutien pouvant être apportés en reprenant le modèle de Marilou Bruchon-Schweitzer (2001) sachant que le soutien le plus efficace est celui qui répond aux besoins exprimés par le parent (Kruck et al., 2014).

Un soutien émotionnel

Le rôle du psychologue est d’accueillir le vécu du sujet et de l’accompagner dans l’expression de ses émotions parfois ambivalentes. En consultation de parents, même lorsqu’il s’agit de guidance psychoéducative ou comportementale, il apparaît nécessaire de favoriser l’expression de ces émotions, car, non exprimées, elles peuvent être à l’origine d’attitudes parentales paradoxales (Sausse, 1996) ou de la fragilisation du couple. Il faut donc prévoir des temps d’écoute au sein de chaque consultation, en posant des questions simples (Comment vous sentez-vous en ce moment ? Qu’est-ce qui est difficile pour vous ? Quels sont vos petits bonheurs ?) et en accueillant l’évocation du vécu. De la même manière, on prendra soin de recevoir régulièrement les deux parents ensemble, voire toute la famille, car la communication au sein même de la famille est un des meilleurs prédictifs de son adaptation (Kruck et al., 2014).

Certains parents trouvent aussi du soutien dans des groupes de parole (animés ou non par des professionnels). La situation de partage facilite l’expression face à un auditoire empathique, et l’écoute de témoignages peut, en s’y identifiant ponctuellement, favoriser l’introspection et la compréhension de ses propres états internes. Enfin, la confrontation à des situations que les parents jugent plus difficiles peut aider à repérer les points positifs dans leur expérience et apaiser, chez certains, leur propre souffrance.

Concernant le soutien à la régulation du stress, nous pouvons aussi citer les recherches récentes sur les groupes d’entraînement à la pleine conscience proposés à des parents dont un enfant présente un handicap ou un trouble chronique (Blackledge, Hayes, 2006). Cette approche permet aux parents d’accueillir en conscience les événements et de réduire leur stress, mais elle ne guide pas sur des habiletés spécifiques auprès de l’enfant. Pour autant, ces études, à poursuivre, montrent une augmentation du sentiment de compétences parentales, ainsi qu’une diminution des comportements agressifs et une amélioration des habiletés sociales chez l’enfant lui-même.

Un soutien d’estime

L’incompréhension des autres, même bien intentionnée, le regard posé sur l’enfant puis sur les parents, favorisent le fait que certains puissent se replier avec le sentiment de vivre une expérience qui les sépare définitivement des autres. Ainsi, lors des consultations, le professionnel devra, de manière générale, montrer un profond respect pour les perceptions et inquiétudes du parent, ne pas minoriser (Fustier, 1999) ses capacités d’ajuster son comportement parental et de valoriser ce qu’il met en place d’opérant.

Parallèlement, beaucoup de parents trouvent un soutien d’estime auprès de personnes qui ont vécu la même épreuve qu’eux dans les associations, dans des forums, dans des groupes de parole au sein du lieu de prise en charge. Ces rencontres de parents vivant la même situation permettent aussi de restaurer l’image de soi. La considération vécue par des personnes connaissant pleinement cette situation apporte réconfort et renarcissisation. Les échanges entre les parents permettent de diminuer la culpabilité, rassurent sur la normalité du vécu et sur l’évolution possible de la situation de handicap. Cependant, tous les parents ne souhaitent pas s’inscrire dans ces rencontres, qu’elles soient au sein d’une association, sur Internet ou encadrées par des professionnels sur le lieu de soin, car l’appartenance à un groupe signe l’acceptation de l’identité de parents d’enfants avec tsa.

Soutien informatif

Le diagnostic ne suffit pas pour que la famille intègre cette réalité et les conséquences qui l’accompagnent, il est fondamental de pouvoir offrir des moyens aux parents de s’informer de la manière la plus accessible possible. On proposera des entretiens postdiagnostic pour répondre aux questions, mettre du sens. Sur le lien de prise en charge, on pourra proposer ou orienter vers des soirées d’information (sur des thèmes comme l’étiologie et le fonctionnement social, cognitif et sensoriel des personnes avec tsa, les prises en charge recommandées, les démarches, l’accès aux loisirs, etc.), conseiller des ouvrages à destination des parents (3) [3] Parmi ces exemples de lectures destinées aux parents,…. Plus un parent considère que l’enfant peut progresser, plus il s’engage dans les interventions thérapeutiques (Cappe, Bobet, Adrien, 2009), et plus les parents sont informés de manière transparente sur les fondements et les axes des prises en charge, plus ils peuvent les investir avec confiance. En parallèle des informations sur les troubles eux-mêmes, de nombreux parents éprouvent le besoin, légitime, d’être guidés sur l’ajustement de leurs attitudes parentales. Nous citerons ici certains modèles ayant prouvé leur efficacité.

  • Le modèle de Denver pour les parents P-Esdm (Rogers, Dawson, 2012) a cela d’intéressant qu’il se base sur un soutien des parents à restaurer des échanges ludiques générateurs de partage de plaisir et d’émotions dans le cadre naturel des interactions. Le modèle Esdm a été créé par les psychologues Sally J. Rogers et Géraldine Dawson (2010) pour intervenir auprès d’enfants tsa ou à risque entre douze et quarante-huit mois, afin de développer l’attention sociale, l’imitation, la boucle interactive et la communication verbale. Il présente une partie d’intervention directe auprès de l’enfant, mais aussi un programme de guidance auprès des parents, articulé en douze séances d’une heure et demi. Les parents sont reçus toutes les semaines pour observer les interventions entre le thérapeute et l’enfant, puis le thérapeute aborde avec lui une des douze thématiques spécifiques (être au cœur de l’attention de l’enfant, partager du plaisir dans le jeu, le tour de rôle, l’imitation, etc.) sur laquelle réfléchir au quotidien, puis le guide et le valorise sur la manière de soutenir ce point dans ses interactions naturelles avec l’enfant (remise de fiches-mémo). L’ouvrage est une source d’informations très riche sur le soutien pouvant être apporté dans les interactions naturelles et au quotidien.
  • Le Programme Pact (Green et al., 2010) est une intervention de soutien précoce de la dyade parents-enfants entre deux et cinq ans, à raison de deux heures par semaine pendant six mois, puis une heure par mois pendant six autres mois. Elle s’effectue à partir de vidéos d’interactions naturelles autour d’un jeu entre le parent et son enfant, puis un visionnage de la vidéo (dix, quinze minutes sélectionnées par le thérapeute comme les plus positives d’un point de vue de la synchronie interactionnelle) avec le parent comme base d’une réflexion commune combinant les connaissances et savoir-faire du thérapeute et les compétences et savoirs du parent sur son propre enfant. Jonathan Green et al. (2010) rappellent l’importance encore plus grande dans les dyades parents-enfants avec tsa de la restauration de la synchronie. L’étude publiée dans The Lancet (cent cinquante-deux enfants de deux à cinq ans suivis jusqu’à leurs six ans) a mis en évidence une réduction des symptômes autistiques et une augmentation du langage expressif chez l’enfant, mais pas d’observation d’un impact sur la diminution du stress parental. Cette approche est intéressante dans le fait qu’elle porte le parent, par le biais des questionnements maïeutiques du thérapeute, à faire ses propres hypothèses de réajustement. Ce sont les propres termes et idées du parent qui sont inscrits sur les fiches-mémo.

Il existe, par ailleurs, de plus en plus de programmes de soutien plus psychoéducatif, comme les formations aux aidants aux approches éducatives et développementales présentées en groupe de parents. Ces formations apportent une compréhension des spécificités développementales de l’enfant et présentent des recommandations concrètes pour favoriser la communication et réduire les troubles du comportement. Ces formations ont pour but d’accroître les connaissances des parents, afin de se sentir plus confiants et d’agir efficacement au quotidien sur le développement de leur enfant (Ilg et al., 2014). En voici deux disponibles en langue française, d’autres sont en cours de validation.

  • L’A.B.C. du comportement de l’enfant ayant un tsa : des parents en action(Ilg, Rousseau, Clément, 2016) propose douze séances de groupe (présentation des tsa, observer et identifier les antécédents d’un comportement, adapter l’environnement, augmenter les comportements souhaités, etc.) avec trois visites à domicile (début, milieu et fin) favorisant une meilleure individualisation du programme. Ce programme est centré sur la gestion du comportement, et les parents apprennent à analyser et identifier la fonction des comportements problèmes, puis à les réguler à partir de stratégies préventives et de renforcement différentiel, ainsi qu’à développer de nouvelles compétences. Les participants à ces groupes axés sur le comportement rapportent une amélioration globale du comportement de l’enfant avec diminution significative de la désobéissance, de l’irritabilité et de l’hyperactivité, ainsi qu’une diminution des traitements médicamenteux et de stress parental.
  • « Au-delà du ted : des compétences parentales à ma portée» (4) [4] Centre de réadaptation en déficience intellectuelle… est un programme visant à réduire le stress des parents et à améliorer leur sentiment de compétence. Le groupe se présente sur cinq ateliers de 2 heures 30 tous les quinze jours avec un suivi individuel optionnel. Il vise à développer les savoirs (compréhension du tsa et de ses manifestations individuelles), des savoir-faire (mise en place d’une structuration de l’environnement, et des savoir-être (conscience de son vécu émotionnel et de ses propres processus d’adaptation, sentiment de compétence parentale, etc.) à partir d’ateliers, de réflexions personnelles et d’échanges.

Ces formations permettent à certains parents d’appréhender le quotidien avec moins d’angoisse et sont intéressantes dans la mesure où les parents ne sont pas dans une approche opératoire et que les situations de la vie quotidienne ne sont pas transformées en séances éducatives au-delà du plaisir restauré à interagir, d’où la nécessité d’y articuler des guidances en individuel ou de visites à domicile. Chaque lieu de prise en charge peut aussi réfléchir de manière pluridisciplinaire à la construction de ce type de formation aux parents. Enfin, ces informations, apportant des connaissances sur les tsa et ouvrant une réflexion sur la manière d’interagir au mieux avec l’enfant porteur de tsa, devraient également être proposées à la fratrie et aux proches (Baghdadli, Darrou, 2015), que ce soit sous forme d’entretiens à leur demande, de groupes de fratrie ou encore de propositions de lectures adaptées.

Un soutien matériel et concret

Comme nous l’avons vu, il apparaît important de pouvoir conseiller et autoriser les parents à rechercher du relais pour éviter un épuisement général. Les professionnels, s’ils ne proposent pas ce type de soutien, devraient pouvoir informer les parents sur les réseaux de personnes compétentes (auxiliaire psychoéducatif ape, service de garde spécialisée, associations de bénévoles formés intervenant au domicile, organisme proposant des séjours de répit, etc.) ou les orienter vers les centres ressources autisme (cra) (5) [5] Centre ressources autisme dans chaque département … qui recensent ces informations, sans se sentir menacés par cette complémentarité de soutien. Enfin, rappelons que pouvoir gérer au mieux la situation de handicap nécessite aussi des revenus suffisants pour aménager l’environnement, l’emploi du temps des parents, le fait de payer, par choix ou non, des professionnels spécialisés en libéral, etc. Ainsi, même lorsque l’enfant n’est pas suivi par une structure offrant des rencontres avec un assistant social, les professionnels libéraux doivent pouvoir orienter les parents vers des services qui les informeront de leurs droits (assistants sociaux des mdph ou des cra, permanences proposées par certaines villes, etc.).

Conclusion

Bien entendu, aucun soutien ne pourra entièrement changer la réalité du handicap, et tous les parents n’éprouvent pas le besoin ou la disposition de s’engager dans ce genre de soutien. Mais il paraît nécessaire de soutenir davantage les parents, et ce, le plus précocement possible. Les parents ne présentent pas les mêmes capacités d’ajustement en fonction de leurs caractéristiques psychosociales (santé mentale, croyances, contrôle perçu, soutien social, stratégies de coping) (Cappe, Bobet, Adrien, 2009) ni n’éprouvent le même besoin de soutien de la part des professionnels. Il faut respecter et soutenir les choix parentaux dans la mesure du possible, mais aussi leur présenter ce qui existe et accompagner leur choix. La position habituelle du psychologue clinicien de soutenir l’expression et l’élaboration de leur vécu est souvent insuffisante face à la complexité des difficultés au quotidien. Il est du devoir du psychologue clinicien recevant des enfants avec tsa de s’informer sur des approches psychoéducatives de soutien autour du sommeil, de l’alimentation, des comportements-défis, car l’approche traditionnelle autour de cristallisations de problématiques affectives parents-enfants est souvent vaine dans ce trouble neurodéveloppemental complexe. Quel que soit notre positionnement thérapeutique, les deux versants du soutien des parents (Wintgens, Hayez, 2006) – orienté dans l’accompagnement du vécu psychique des parents ou orienté vers les ajustements parentaux – sont indissociables. Tout soutien doit contenir dans son cadre des réflexions maïeutiques respectant le rythme du parent et des guidances autour de solutions d’ajustement concrètes. En définitive, le plus complet serait de recevoir les parents pour avoir leurs observations et les axes qui leur paraissent prioritaires de soutenir en tant qu’experts de l’enfant, puis de les faire réfléchir sur leurs propres besoins en tant que parents et de pouvoir ensuite leur proposer, sur chaque lieu de prise en charge de leur enfant, du soutien émotionnel (consultation thérapeutique, groupe de parole), du soutien informatif (formation aux parents, guidance psychoéducative) et un réseau de professionnels pouvant apporter du soutien concret (soutien au domicile, assistant social, cra). Par la suite, le psychologue pourra amener le parent vers d’autres axes de soutien en fonction de la connaissance qu’il aura de la famille (consultation de parents, guidances de jeux avec l’enfant, visites à domicile, psychothérapie, etc.). Cet accompagnement multiple, à l’image de la complexité des tsa, nous oblige, certes, comme le souligne Anne Wintgens (2016), à adapter notre cadre classique de travail, mais pas nécessairement à perdre nos repères cliniques.

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Notes

  • (1)↑http://www.cnsa.fr/documentation/plan-autisme2013.pdf
  • (2)↑– Cité par Eric Schopler, en 1969, lors du Symposium « Parents of Impaired Children’s Developemental Agents », organisé par The American Psychological association à Washington.
  • (3)↑– Parmi ces exemples de lectures destinées aux parents, nous pouvons citer l’ouvrage de Willaye E. et al., Manuel à l’intention des parents ayant un enfant présentant de l’autisme, paru en 2008 chez Afd Éditions, ou celui de Williams C., Wright B., Vivre avec le trouble du spectre de l’autisme : stratégies pour les parents et les professionnels paru en 2010 chez Chenelière Éducation, ou encore celui de Ouss-Ryngaert L. et al., L’Enfant autiste paru en 2008 chez John Libbey Eurotext. Nous renvoyons également vers les sites Internet www.reseau-lucioles.org, http://www.participate-autisme.be/fr/, etc.
  • (4)↑– Centre de réadaptation en déficience intellectuelle et en troubles envahissants du développement de la Mauricie et du Centre-du-Québec – Institut universitaire (Crdited Mcq Institut universitaire, 2012).
  • (5)↑– Centre ressources autisme dans chaque département http://www.autisme.fr
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